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3 questions à

Volume 48, numéro 320 septembre 2012

Alain Olivier sur la sécurité alimentaire

Le spectre d’une famine se profile à nouveau dans plusieurs régions du monde

La sécheresse n’a pas fait que des heureux cet été. En Russie et aux États-Unis, notamment, la production céréalière a baissé et les prix repartent à la hausse comme en 2008. Le spectre d’une famine se profile à nouveau dans plusieurs régions du monde. C’est l’un des thèmes abordés par les agronomes du monde entier réunis pour la première fois cette semaine à Québec. Le phytologue Alain Olivier, titulaire de la Chaire de recherche en développement international, a prononcé une conférence durant le congrès «Nourrir le monde».

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’indice du prix des céréales a grimpé de 17% en juillet dernier. Pourquoi?

La sécheresse des derniers mois a certainement eu des conséquences sur la baisse de production et des réserves. Il ne faut pas non plus négliger l’effet désastreux des politiques des dernières décennies sur l’agriculture paysanne. Dans les pays riches, nous bénéficions du très bas prix des aliments; du coup, les paysans des pays pauvres retirent très peu d’argent de la production alimentaire. Ils ne sont donc pas encouragés à produire beaucoup, d’autant que l’aide au développement néglige l’agriculture depuis longtemps. Les États, eux, coupent dans les dépenses publiques et ne fournissent plus de conseillers techniques. Par ailleurs, en ces temps de sécheresse, un tiers, voire presque la moitié du maïs produit aux États-Unis sert maintenant aux agrocarburants. Cela crée une diminution de l’approvisionnement et une pression sur les prix, d’autant plus que certains investisseurs spéculent désormais sur les produits agricoles. On note aussi sur la planète une baisse de la fertilité des sols à la suite de la première révolution verte. Depuis 30 ou 40 ans, nous obtenons de meilleurs rendements grâce à des variétés mieux adaptées, aux minéraux et aux pesticides, mais la dégradation des écosystèmes constitue un sérieux revers, entraînant l’apparition de ravageurs et l’épuisement des sols.

Comment lutter contre ce phénomène?

Certains en appellent à une seconde révolution verte, basée sur une meilleure utilisation des processus écologiques que l’on trouve dans la nature plutôt que sur des engrais chimiques. On peut avoir une agriculture écologique intensive, car il faut produire beaucoup pour répondre aux besoins de population. De plus en plus de gens considèrent par exemple que l’agroforesterie pourrait avoir un effet positif. La plantation d’arbres en milieu agricole favorise une agriculture plus durable, notamment en améliorant la fertilité du sol. Les feuilles et les petits branchages qui tombent par terre augmentent le taux de matière organique – azote, potassium ou phosphore – utile aux plantes. Les racines souterraines en se décomposant ajoutent aussi des aliments. Tout cela contribue à la fertilité du sol, une des composantes de la productivité avec l’eau et la lumière. L’arbre lutte aussi contre l’érosion et la perte de sol arable causées par le vent et les pluies violentes, qui sont en augmentation avec les changements climatiques. Plusieurs études soulignent également que la présence d’arbres favorise une plus grande biodiversité des oiseaux, des mammifères et des insectes. Au Missouri, par exemple, on note une plus grande présence des insectes pollinisateurs dans les champs de luzerne bordés d’arbres, ainsi que des prédateurs des ravageurs, ce qui est très utile en cas d’invasion d’une espèce.

De quelle façon l’agroforesterie pourrait-elle aider les agriculteurs des pays pauvres à surmonter la crise alimentaire?

Le bois coupé venu de feuillus nobles constitue une valeur intéressante à long terme, mais aussi les fruits ou les noix. On peut vendre les feuilles du baobab comme plantes médicinales. Le feuillage de certains arbustes, surtout en condition tropicale et subtropicale, est aussi bien apprécié de certains animaux. Sans parler des huiles tirées de noyaux comme celui du karité, ou de la récolte des chenilles, friandes de ce genre de feuilles, dont la vente constitue un revenu très intéressant pour les femmes de certains villages du Burkina Faso. Ce type de production est facilement accessible pour les plus pauvres de la société, car elle ne requiert pas de machinerie lourde. Le Sahel, par exemple, dispose de parcs agroforestiers qui ressemblent à une savane cultivée. Ça présente un intérêt sur le plan local, mais aussi global, car les arbres fixent le carbone, ce qui participe à la lutte contre les changements climatiques. Par ailleurs, l’agroforesterie permet de combiner l’arboriculture avec les cultures alimentaires sur une même terre. On obtient une meilleure productivité totale que si l’on avait séparé, par des bosquets, des champs en monoculture.
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