Université Laval
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire

société

Volume 48, numéro 2314 mars 2013

La beauté est dans l'œil de l'architecte

Miroir, miroir, quel campus est le plus beau? Le spécialiste du patrimoine Martin Dubois explique l’affection qu’il porte à celui de l’Université Laval
Chargé de cours à l’École d’architecture, Martin Dubois est passionné du patrimoine. Depuis le début mars, il publie dans les blogues de Contact (www.blogues.ulaval.ca) des textes où il compte porter un regard différent sur les édifices qui nous entourent. Le Fil lui a proposé d’appliquer l’exercice au campus.

On entend souvent que le campus est laid et trop porté sur le béton. Est-ce votre avis?

Au contraire, il me fascine. Pour un projet datant des années 1940, son traitement est très contemporain, voire avant-gardiste. L’utilisation du béton a été une révolution dans les années 1950 et 1960. Moulé, façonné, ce matériau permettait aux architectes d’aller plus loin, d’expérimenter. Plusieurs pavillons témoignent de cette expérimentation qui a connu son apogée avec Expo 67.

Diriez-vous que le campus traduit aussi les valeurs de son époque?

Tout à fait, il témoigne de notre patrimoine. Son plan découpé nord (sports) sud (services) est (sciences humaines) ouest (sciences pures) sépare clairement les domaines. C’est l’expression d’un «fonctionnalisme» populaire à cette période, comme l’était l’opposition entre sciences et religion. Être face au pavillon Vandry, c’est tourner le dos au Casault, où la Faculté de théologie a longtemps logé. Quant à la distance qui sépare les pavillons, éloignement qu’on reproche souvent au campus, c’est un signe de fierté: disposer d’un terrain aussi grand demandait de l’occuper de façon grandiose.

Et que dire des nouvelles constructions?

Elles s’inscrivent résolument dans un courant de modernité. Alors que les anciens pavillons sont plutôt fermés sur eux-mêmes (dans le cas du PEPS, c’était pour éviter que les athlètes soient aveuglés par le soleil), les plus récents sont ouverts et très vitrés. La communication avec l’environnement extérieur est importante. On compte beaucoup de dégagement à l’intérieur, des atriums, des lignes épurées. Le confort des usagers y est davantage pris en compte. Ces tendances sont un reflet des valeurs actuelles.

En regardant notre campus à travers vos lunettes, qu’est-ce qu’on y voit?

Des bâtiments d’une qualité de construction supérieure qui témoignent de plus de 70 ans d’histoire. Une place de choix faite à l’art public: plus de 100 œuvres sont répertoriées à l’intérieur comme à l’extérieur des pavillons. Beaucoup d’espaces verts (75% de la superficie) conformément au plan d’origine. Des trésors cachés comme le jardin intérieur du pavillon Lacerte.

Comment mettre le campus encore plus à son avantage?

En tablant sur la mise en valeur des matériaux d’époque qui reviennent à la mode, comme le béton, sans pour autant les déguiser. En nettoyant en profondeur ce béton et en le restaurant lorsque nécessaire. En réfléchissant à des plantations brise-vent dans les corridors venteux. En sensibilisant les gens à l’histoire qui se cache derrière le campus. Et pourquoi pas un projet de «mise en lumière» des bâtiments?

Les cinq coups de cœur de Martin Dubois

-    Le pavillon Paul-Comtois pour sa façade en blocs de béton raffinés et sa partie sur pilotis.
-    Le PEPS: ses strates horizontales visaient à l’implanter harmonieusement dans la vaste plaine qu’il occupait au départ. Un toit si bas, si plat, pourquoi? Éviter de masquer les Laurentides à l’horizon.
-    Le pavillon Charles-De-Koninck: pour sa cour intérieure et ses fines sections de béton créées par Édouard Fiset, l’architecte d’Expo 67.
-    Les résidences Alphonse-Marie-Parent: ces cinq tours aux larges façades blanches avec taches de couleur, inspirées du style Le Corbusier, étaient très avant-gardistes pour l’époque.
-    Les pavillons Alexandre-Vachon et Adrien-Pouliot: pour leurs murs-rideaux qui donnent du côté de la cour, faits de parois indépendantes en acier inoxydable. Un tel détail de luxe en architecture, c’est unique.
Photo
Là où certains ne voient que des blocs de béton, Martin Dubois discerne de la beauté.
Photo: Marc Robitaille

commentez

partagez

 
haut
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire
Direction des communications

Questions et commentaires?
Le-Fil@dc.ulaval.ca

© 2012 Université Laval, tous droits réservés
Visitez ulaval.ca