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Volume 48, numéro 1617 janvier 2013

Candidates à la défaite

Les Québécoises qui se lancent en politique risquent davantage que leurs collègues masculins d’hériter d’une circonscription imprenable
«Où sont les femmes?» C’est ce que se demandait le chanteur français Patrick Juvet dans les années 1970 dans un tube disco traitant des conséquences du féminisme. Près de 40 ans plus tard, des chercheurs en science politique ont une réponse à sa question: ces dames se trouvent souvent parmi les candidats battus aux élections. Et si elles échouent plus souvent que les hommes à conquérir une circonscription, ce n’est pas par incompétence.

Le Canada, qui occupait le 16e rang mondial en matière de représentation féminine en 1997, se trouve aujourd’hui à la 41e place, derrière la Mauritanie et les Philippines. La faute à qui? Certainement pas aux électeurs, car le sexisme dans l’isoloir n’explique pas le maigre 17% de représentation féminine au Canada en 2011. C’est du moins l’avis des politologues Marc-André Bodet et Melanee Thomas.

Le professeur au Département de science politique de l’Université Laval et sa collègue de l’Université de Calgary signent un article percutant dans la prestigieuse revue Electoral Studies, diffusée non seulement parmi les universitaires, mais aussi parmi les conseillers politiques. Un article qui parle d’agnelles sacrifiées, car bien des candidates qui ont brigué un siège au cours des élections fédérales des dernières années n’avaient quasiment aucune chance de l’emporter. «À l’exception du Bloc québécois, les principaux partis fédéraux ont présenté beaucoup de candidatures féminines dans des circonscriptions où elles ne pouvaient gagner», précise Marc-André Bodet. Le phénomène touche moins le Bloc car son influence s’étend à un territoire donné, où il peut rafler une forte majorité de circonscriptions.

L’étude s’appuie sur les résultats électoraux fédéraux de 2004 à 2011 pour éviter la simple alternance de candidats entre deux élections. En analysant les données recueillies, les politologues constatent que les femmes se trouvent plus facilement dans des circonscriptions considérées comme des places fortes du parti adverse. Ces postulantes accèdent donc plus rarement au poste d’élu que leurs collègues masculins. Et cela se produit même si le Nouveau Parti démocratique impose des quotas de candidates et le Parti conservateur s’assure que les femmes ne sont pas désavantagées lors de la sélection.

Pour expliquer ce phénomène, les politologues invoquent plusieurs raisons. Les élus facilement reconduits d’une élection à l’autre ont évidemment peu tendance à céder leur siège à une collègue féminine. Lorsque la circonscription potentiellement gagnante se libère, les assemblées d’investiture ont tendance à choisir comme candidat un militant solidement appuyé par des groupes financiers et des réseaux de connaissances. Souvent un homme… Du coup, les candidates se retrouvent dans des circonscriptions que le parti considère comme moins facilement prenables. «Il serait apparemment plus facile de convaincre les femmes de payer pour l’équipe en se présentant dans des circonscriptions perdues d’avance», avance le professeur en science politique.

L’étude montre bien que les stratégies d’égalité des chances mises en place par les partis ont de sérieuses limites. Comment faire en sorte que l’assemblée des élus reflète davantage la diversité de la société? Le Parlement est-il condamné à n’être qu’une réunion d’hommes blancs vieillissants?

Marc-André Bodet suggère deux stratégies. D’une part, imposer que les élus qui laissent la vie politique soient remplacés par un candidat de l’autre sexe. D’autre part, rendre le financement des partis conditionnel à une représentation équitable des femmes. Ces initiatives permettraient peut-être de corriger le déséquilibre démographique au sein de la députation canadienne. Un exercice nécessaire. Dans certains États américains du Sud, on raconte que les femmes noires ont plus de chances de se faire frapper par la foudre que d’être élues par leurs concitoyens…
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