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Volume 48, numéro 2314 mars 2013

Ces mères dépressives

Dans une société où la maternité est idéalisée, il ne fait pas bon être mère et déprimée
La dépression postnatale, ça vous dit quelque chose? En gros, on sait que ce type de trouble survient après la naissance d’un enfant. Les nouvelles mamans qui souhaitent s’informer sur le sujet n’ont que l’embarras du choix tant abondent les articles et les livres consacrés à la question. Le problème est qu’il n’existe pas de consensus autour de la définition de la dépression postnatale, même dans les écrits scientifiques. Le flou qui en résulte n’a rien pour aider les mères aux prises avec des symptômes de cet état psychologique aux contours mal dessinés.

C’est la conclusion à laquelle sont parvenues Catherine Des Rivières-Pigeon, professeure au Département de sociologie à l’UQAM, Diane Vincent, professeure au Département de langues, linguistique et traduction, et Caroline Gagné, doctorante en linguistique, toutes deux à l’Université Laval. Ces chercheuses ont analysé le contenu d’une quarantaine d’articles parus dans différents magazines et ouvrages grand public accessibles au Québec. Elles livrent les résultats de leur recherche dans Les paradoxes de l’information sur la dépression postnatale, paru aux Éditions Nota Bene. 

La dépression postnatale est-elle différente d’une dépression «classique»? À cet égard, les écrits ne précisent ni les différences ni les similitudes entre ces deux troubles, notent les chercheuses. «Par exemple, le manque de soutien de l’entourage ou le fait de vivre des événements stressants sont fréquemment évoqués comme des facteurs de risque, mais on ne souligne pas qu’ils sont communs à toute dépression, constatent-elles. Même chose pour des symptômes généraux comme la tristesse, la perte d’appétit et l’irritabilité, qui côtoient sans distinction ceux qui sont en lien avec la naissance de l’enfant, comme la peur de faire mal au bébé.»

Dans cette foulée, les recommandations faites aux jeunes mamans dans les écrits ne sont pas toujours liées de façon particulière à la maternité. Les conseils les plus fréquents sont de consulter un médecin ou d’effectuer une thérapie, ce qui conviendrait aussi à une personne souffrant de dépression classique.

Mais les livres et magazines leur suggèrent également de sortir, d’aller au musée ou au cinéma, de mettre sur pied un groupe de soutien, de se maquiller, etc. C’est comme si on conseillait à un anorexique de prendre un bon repas ou au timide d’aller vers les autres pour régler leurs problèmes, soutiennent les chercheuses. Cela n’a aucun sens. Ces recommandations sont incompatibles avec la réalité des mères souffrant de troubles dépressifs, qui sont souvent isolées, sans énergie et aux prises avec des problèmes financiers. D’où le sentiment de culpabilité et d’impuissance susceptible d’envahir les femmes qui n’arrivent pas à s’en sortir.

Dans une société où la maternité est idéalisée, il ne fait pas bon être mère et déprimée, soulignent les chercheuses. «Quand on recommande aux mères d’être pimpantes et en contrôle d’elles-mêmes, on leur envoie le message, ainsi qu’au grand public, que les troubles dépressifs ne sont pas graves finalement. Elles n’ont qu’à se prendre en main.»
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Suggérer à une mère dépressive de sortir et de se maquiller, c’est comme conseiller à un anorexique de prendre un bon repas.

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