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Volume 48, numéro 1510 janvier 2013

Des électeurs plus confiants

En un an, la satisfaction des Québécois à l’égard de leurs institutions politiques a augmenté de façon sensible
La satisfaction globale des Québécois à l’égard de la démocratie avait chuté de manière draconienne en 2011 par rapport à 2008, passant de 68% à 53%. Mais voici que l’année 2012, avec son printemps étudiant et une campagne électorale pas comme les autres, a vu le taux de satisfaction remonter de 5%.

C’est ce qu’ont observé les chercheurs de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires. Pour cela, ils ont étudié les résultats d’un sondage mené par la maison CROP quelques semaines après l’élection générale du 4 septembre. Mille répondants ayant le droit de vote ont répondu à cinq questions préparées par les chercheurs. Ces questions visaient à mesurer la perception globale de l’électeur envers les institutions politiques au Québec. Les données recueillies constituent un indice qui est passé, en un an, de 0,47 à 0,50.

«L’année 2012 a contribué à la santé démocratique québécoise», affirme François Gélineau, professeur au Département de science politique et titulaire de la chaire. Selon lui, la hausse de l’indice pourrait s’expliquer par les événements qui ont marqué l’actualité politique en 2012 et par le désir de changement des Québécois.

Le sondage fait ressortir un inconfort chez les répondants. «En dépit d’un changement de gouvernement, malgré des enjeux majeurs, dont la corruption dans le secteur de la construction, l’attitude des gens n’a pas fondamentalement changé, explique François Gélineau. Ils voient d’un œil plutôt dur la chose politique, comme si elle était sous surveillance.»

En 2011, 64% des répondants considéraient que les partis politiques se ressemblaient au Québec et qu’il n’y avait pas vraiment de choix. Un an plus tard, la proportion a baissé à 55%. «Malgré une baisse importante, le niveau de cynisme demeure élevé chez les citoyens, indique le professeur. C’est assez surprenant. La campagne électorale de 2012 mettait de l’avant plus de partis. Elle a également présenté plus de débats que durant la campagne électorale de 2008.»

Le degré de confiance de la population à l’égard de l’action gouvernementale a augmenté de 6% pour atteindre 38%. «Il s’agit d’une assez piètre performance, souligne François Gélineau. La majorité des citoyens ne fait plus confiance au gouvernement québécois pour faire ce qui est juste pour la société.»
Selon lui, il faut se garder de tout triomphalisme. «La classe politique a du travail à faire pour amener les citoyens à croire en elle et en la démocratie, soutient le professeur. La démocratie nécessite des compromis, de l’ouverture d’esprit, de la discussion. Or il y a eu beaucoup de tensions politiques ces dernières années, d’animosité, de chicanes entre les partis.»

Retour à la normale

Cet automne, les chercheurs de la chaire ont mené une seconde étude en lien avec les élections générales du mois de septembre. Leur axe de recherche: le taux de participation électorale par groupe d’âge. Le Directeur général des élections du Québec leur a fourni les données relatives à un échantillon représentatif de 53 122 électeurs. Rappelons que le taux de participation global a littéralement bondi comparé à celui de l’élection de 2008, passant de 57% à 74,5%.

Principal constat: les 18-24 ans et les 25-34 ans ont vu leur taux respectif augmenter de 25,9% et de 24,5%. «La hausse s’observe en particulier dans les groupes d’âge inférieur, indique François Gélineau. En 2008, seulement 36,1 % des 18-24 ans avaient voté. En 2012, 62% d’entre eux l’ont fait.»

Selon lui, ces spectaculaires augmentations ne seraient qu’un retour à la normale. «La participation des jeunes est assez homogène aux élections de 2007 et de 2012, explique le professeur. L’élection du 8 décembre 2008 a brouillé les cartes. On observe un très grand désintérêt des citoyens lors de cette élection. Elle survenait après celle de 2007. Et elle suivait de peu une élection fédérale ainsi que l’élection présidentielle américaine. En 2012, les enjeux ont intéressé les gens.»

Est-ce que la mobilisation étudiante du printemps dernier aurait incité les jeunes électeurs à aller voter? «Plusieurs associent la hausse de leur participation électorale à ce phénomène, répond François Gélineau. Mais ce ne serait qu’une explication partielle. Les manifestants ne représentaient qu’une partie de l’ensemble des étudiants de cégep et d’université. Quant à tous les autres jeunes qui sont sur le marché du travail, je les soupçonne de n’avoir pas été beaucoup interpelés par la volonté du gouvernement libéral d’augmenter les droits de scolarité.»
Photo
François Gélineau, professeur au Département de science politique et titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires.
Photo: Marc Robitaille

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