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Volume 48, numéro 136 décembre 2012

Des vies à crédit

Qui veut jouer le jeu de la consommation a toutes les cartes en main… mais perd souvent 
Accepteriez-vous de jouer au poker sans connaître les règles du jeu? Si une somme d’argent était sur la table, la question ne se poserait pas: avant de vous lancer, vous vous assureriez de bien maîtriser les règles. Pourtant, des milliers de gens jouent aux cartes à l’aveugle chaque jour dans le monde. À la seule différence qu’il ne s’agit pas d’as de cœur ou de pique, mais de cartes de crédit.

L’analogie est de Gérard Duhaime, professeur au Département de sociologie et l’un des conférenciers à la Chaire publique de l’Association des étudiantes et étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (ÆLIÉS) qui aura lieu le 13 décembre. Thème de la rencontre : la culture du crédit. À l’approche des Fêtes, au moment où bien des gens s’apprêtent à dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas, voilà un événement qui tombe à point.

«Dans notre société, l’idée selon laquelle le crédit est toujours disponible fait de plus en plus partie de notre mode de pensée, explique Gérard Duhaime. Avant les années 1970, la consommation était le moteur de l’économie. Après, c’est le crédit qui est devenu le moteur de la consommation.» Aujourd’hui, le client peut même magasiner ses cartes de crédit en fonction des privilèges qui y sont rattachés. En somme, le choix ne manque pas pour qui veut s’endetter. 

Docteur en sociologie économique et auteur de La vie à crédit: consommation et crise, paru en 2003, Gérard Duhaime connaît le sujet à fond. Lui-même avoue pourtant se perdre dans le dédale des conditions de paiement à crédit parfois imposées par des entreprises. Il donne pour exemple cette fois où il s’est rendu dans une quincaillerie à grande surface pour acheter des matériaux de construction. «J’ai été invité à ouvrir un compte pour lequel je recevrais une prime une fois le compte acquitté, dit le sociologue. Comme j’avais du mal à saisir les conditions de paiement, j’ai demandé au commis de me les expliquer, puis aux gens responsables de la comptabilité au magasin. Au final, personne n’a pu vraiment me dire de façon très claire comment cela fonctionnait. Et ça, c’est parce que j’ai posé des questions. Alors, imaginez quand on ne prend pas la peine de le faire.»

Si vivre à crédit sans se soucier de sa capacité à payer mène tout droit à l’endettement (et au stress qui s’ensuit), peu d’individus se préoccupent de la chose. Si tout le monde le fait, pourquoi se priver? Gérard Duhaime relate une expérience vécue dans le Nord québécois alors qu’il menait des recherches d’un autre type. À l’épicerie du village, raconte-t-il, les habitants étaient nombreux à acheter des aliments préparés mauvais pour la santé, comme le poulet frit et les pizzas congelées. Puisque cette nourriture provenait des Blancs, qui devaient donc sûrement en manger, les Inuits se disaient que ce devait être bon pour eux. Le fait que ce type de nourriture soit disponible au magasin suffisait à les convaincre du bien-fondé de leur achat. C’est la même chose avec le crédit: personne ne se pose de questions. 

«L’univers du crédit est d’une extrême complexité, affirme Gérard Duhaime. Pour savoir où on en est sur le plan de l’endettement, je suggère de faire l’inventaire de ses dettes et de se demander à combien s’élève le montant d’argent qu’on doit à d’autres. L’exercice peut s’avérer long et difficile, mais il en vaut la peine.»

Jeudi 13 décembre de 19h à 21h, à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins.
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