Volume 48, numéro 320 septembre 2012
Dommages collatéraux
La chasse printanière réduirait l'élan reproducteur des jeunes oies des neiges
La chasse printanière diminuerait la propension à la reproduction chez les jeunes oies des neiges. À preuve, plus la pression de chasse est forte au printemps, plus faible est le pourcentage d'oies qui tentent de se reproduire pour la première fois dans les semaines qui suivent, rapportent des chercheurs du Département de biologie dans l'édition d'octobre du Journal of Applied Ecology.
Au cours des trois dernières décennies, les effectifs de l'oie des neiges ont explosé au point où l'espèce menaçait de détruire son habitat. En 1999, dans l'espoir de maintenir les effectifs sous un seuil critique, les gestionnaires de la faune ont instauré une chasse printanière à l'oie des neiges. Jusque-là, cette espèce migratrice était chassée à l'automne et à l'hiver au Canada et aux États-Unis.
Cédric Juillet et Gilles Gauthier, du Centre d'études nordiques et du Département de biologie, Rémi Choquet et Roger Pradel, du Centre national de la recherche scientifique de France, et Josée Lefebvre, du Service canadien de la faune, ont tiré profit des fluctuations annuelles dans la pression de chasse printanière pour en étudier l'effet sur le recrutement d'oies reproductrices (nombre d'oies qui se reproduisent pour la première fois une année donnée). Chez l'oie des neiges, les femelles les plus précoces commencent à pondre dès l'âge de deux ans, mais certaines patientent jusqu'à cinq ans ou même plus avant de se reproduire. Cette décision dépendrait en partie de facteurs environnementaux.
Les analyses des chercheurs, qui couvrent la période allant de 1992 à 2005, démontrent que le recrutement dépend presque autant de la pression de chasse printanière que des conditions climatiques pendant la migration et à l'arrivée des oies sur les aires de reproduction à l'île Bylot. En 2000, lorsque la chasse printanière a atteint un summum – 6% des oies adultes abattues ce printemps-là –, le recrutement a diminué de moitié comparativement aux années sans chasse.
L'explication la plus plausible? «Il s'agit d'un effet indirect de la chasse qui se manifeste à des milliers de kilomètres plus au nord, répond Cédric Juillet. Les oies migrent sur de longues distances et elles doivent s'arrêter dans les marais ou dans les champs de maïs du sud du Québec pour faire le plein. Le dérangement causé par la chasse les force à se déplacer régulièrement pendant leur halte migratoire de sorte qu'elles dépensent plus d'énergie et qu'elles passent moins de temps à s'alimenter. Or, les réserves nutritives accumulées pendant la migration printanière sont cruciales à leur reproduction.»
Dans le cas de la surabondante oie des neiges, le double effet de la chasse printanière n'est pas dramatique. «Par contre, l'effet indirect de la chasse sur la reproduction est un élément dont doivent tenir compte les biologistes qui gèrent des populations animales en déclin», estime Cédric Juillet.
Le recrutement de nouvelles oies reproductrices dépend presque autant de la pression de chasse printanière que des conditions climatiques pendant la migration et à l'arrivée des oies sur les aires de reproduction à l'île Bylot.
Photo: Cédric Juillet