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Volume 47, numéro 192 février 2012

Un étonnant poêle à gras

Pour la première fois, des chercheurs quantifient la contribution de la graisse brune à la thermogénèse chez l'humain
À la naissance, les bébés possèdent un tissu adipeux spécial qui, en plus de stocker des graisses, a la capacité de les brûler pour maintenir la température du corps. Jusqu'à tout récemment, on croyait que ce tissu, appelé graisse brune, disparaissait après l'âge d'un an. Il semble toutefois en subsister suffisamment chez les jeunes adultes pour influencer fortement leur métabolisme lors d'une exposition au froid, vient de démontrer une équipe de chercheurs dans The Journal of Clinical Investigation.
  
Cette équipe, formée de chercheurs des universités Laval, de Sherbrooke et d'Ottawa, est parvenue à activer la graisse brune de six hommes, âgés de 23 à 42 ans, en induisant une baisse de leur température cutanée de 3,8 degrés. Pour y arriver, les sujets ont revêtu une combinaison munie d'une tubulure dans laquelle circule de l'eau refroidie à 18 degrés Celsius; la température de la peau diminue sans abaisser la température centrale du corps et sans provoquer de frissonnement, ce qui permet d'isoler l'effet thermogénique de la graisse brune.
   
Pendant les trois heures où les sujets étaient exposés au froid, les chercheurs ont mesuré, à l'aide d'un appareil de tomographie d'émission par positrons et de traceurs de consommation d'énergie, de glucose et de gras, les changements métaboliques induits par cette exposition au froid. Résultats? Le froid active la graisse brune sans provoquer d'augmentation du métabolisme dans les muscles ou les tissus adipeux adjacents. Cette activation est accompagnée d'une hausse de 80 % de la dépense énergétique des sujets; ce sont surtout des lipides stockés dans la graisse brune qui ont servi de combustible.
   
«C'est la première fois que la thermogénèse liée à l'activation de la graisse brune est quantifiée chez l'humain. Bien qu'elle soit nettement inférieure à celle induite par l'activité physique, elle augmente tout de même le métabolisme de façon notable», souligne le professeur Denis Richard, de la Faculté de médecine. Ce spécialiste de la graisse brune croit d'ailleurs que cette chaudière métabolique pourrait être mise à contribution pour brûler des calories. «Nous ne recommandons pas aux gens de s'exposer volontairement au froid pour activer leur graisse brune, précise-t-il d'emblée. Par contre, s'il existait des molécules qui stimulent les mêmes mécanismes cellulaires que ceux impliqués dans l'activation de la graisse brune par exposition au froid, elles pourraient s'ajouter aux autres moyens dont on dispose pour combattre l'obésité.»
   
L'article paru dans The Journal of Clinical Investigation est signé par Véronique Ouellet et Denis Richard, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, Sébastien Labbé, Serge Phoenix, Brigitte Guérin, Éric Turcotte et André Carpentier (U. de Sherbrooke), et Denis Blondin et François Haman (U. d'Ottawa).
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Denis Richard: «S'il existait des molécules qui stimulent les mêmes mécanismes cellulaires que ceux impliqués dans l'activation de la graisse brune lors d'une exposition au froid, elles pourraient s'ajouter aux autres moyens dont on dispose pour combattre l'obésité.»
Photo: Marc Robitaille

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