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Volume 48, numéro 136 décembre 2012

Fable de la fontaine

Lors d'une crise humanitaire, donner accès à l’eau potable sauve des vies si le liquide a un goût acceptable et se trouve en quantité suffisante
Haïti, 24 octobre 2012. L’ouragan Sandy provoque d’importantes inondations dans plusieurs villes et isole de nombreuses régions. Les sources d’eau potable sont brisées, contaminées ou inaccessibles. Comment s’en sortir? Caetano Dorea, professeur au Département de génie civil et de génie des eaux, fait partie des chercheurs qui se posent la question.

Chaque jour, des milliers de réfugiés et de sinistrés vivent sans savoir si le verre d’eau qu’ils boivent mettra leur survie en péril, a rappelé le scientifique lors d’une conférence organisée vendredi dernier par le Centre de recherche en aménagement et développement. «En absence de latrines décentes, la contamination par les matières fécales risque de propager des maladies diarrhéiques, principales causes de mortalité suivant un désastre», explique le professeur, qui a participé à des missions humanitaires au sein d’organismes comme Oxfam et GlobalMedic. «Pour éviter un deuxième désastre, il faut empêcher la transmission des organismes pathogènes. Cela dépend de la qualité de l’eau potable, mais aussi de la quantité disponible pour l’hygiène.»

En situation d’urgence, les critères de qualité de l'eau potable sont la présence d'organismes pathogènes, la quantité de chlore et la turbidité. Les deux derniers éléments peuvent sembler superficiels, mais ils influencent l’acceptabilité du précieux fluide pour les populations locales. «Si l’eau est brune, si elle goûte trop le chlore ou si elle est trop chaude, les gens iront vers des sources non protégées», prévient-il.

Par ailleurs, la quantité est aussi importante que la qualité, ne serait-ce que pour se laver les mains. «En situation de crise, beaucoup de bonne eau est préférable à un peu d’excellente eau», fait valoir le chercheur. Il faut aussi tenir compte de l’équité et de l’accès. «Si les gens transportent l’eau dans de grands récipients portés sur leur tête, le robinet doit être placé à une hauteur facilitant le remplissage.»

La technologie utilisée pour l’assainissement de l'eau doit être simple et facile à opérer puisque c’est la population locale qui en aura la responsabilité. Caetano Dorea – qui mentionne au passage que des places sont disponibles dans son équipe pour les étudiants intéressés à faire une maîtrise ou un doctorat – travaille présentement sur deux approches. Il s’intéresse à un bassin de décantation lamellaire qui permet la sédimentation des particules en suspension par un traitement physico-chimique, puis à un nécessaire de décantation et de filtration à usage domestique. Cette dernière option est préférable si la population est dispersée et que les voies de communication sont coupées, comme on le voit lors d'inondations importantes par exemple.

«Cette technologie est difficile à mettre au point parce que le nécessaire distribué est le même partout dans le monde alors que l’eau à traiter est différente», souligne le professeur, qui a pu constater la chose de près lors de missions menées en Indonésie, au Rwanda, en Inde et au Pakistan. Son expertise sera mise à profit en Haïti la semaine prochaine alors qu'il évaluera un programme d'assainissement des eaux de la Croix-Rouge.
Photo
Un système de traitement de l'eau potable installé en 2007 dans un camp de réfugiés d'Oxfam au Tchad.
Photo: Sylvain Bertrand

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