Des étudiants ont travaillé cet été sur trois sites archéologiques en Guyane française
Marie-Ève Slater entreprend sa dernière année au baccalauréat en archéologie. Cet été, elle a travaillé cinq semaines dans une petite équipe de fouille dirigée par l’archéologue française Nathalie Cazelles sur le site de l’Habitation La Garonne, en Guyane française, sur la côte nord-est de l’Amérique du Sud.
«Le site est situé le long de la rivière Kourouaï, explique l’étudiante. Fondée en 1786, cette habitation sucrière a fonctionné jusqu’à la fin du 19e siècle. Le projet de fouille vise à comprendre le fonctionnement de la sucrerie sur des terres acides et gorgées d’eau.»
Chaque matin, l’équipe quittait le village où elle résidait et naviguait en pirogue pendant une heure trente sur le fleuve Approuague avant d’arriver au site archéologique, dans la forêt amazonienne. «Cette forêt est une aventure à elle seule», affirme Marie-Ève Slater. Cet été, les travaux ont permis de dégager la cheminée de la sucrerie, ainsi qu’une section du canal de chauffe. «Nous avons mis au jour de magnifiques structures», dit-elle.
L’archéologue et professeur Réginald Auger, du Département d’histoire, connaît bien la Guyane française puisqu’il y effectue des recherches chaque année depuis 1996. Cet été, il supervisait cinq étudiants. Avec l’aide de travailleurs locaux, ils ont terminé la fouille de l’emplacement du magasin de l’Habitation Loyola, long de 18,5 mètres. Fondé en 1668, le vaste domaine, à la fois religieux et esclavagiste, produisait du cacao, du café et du sucre. Le profit de ces cultures servait à établir des missions chez les Amérindiens du continent. Le lieu est demeuré sous l'autorité des jésuites jusqu'en 1763.
«Après avoir creusé environ un mètre sous le plancher du magasin, nous avons découvert un niveau noir d’une vingtaine de centimètres, raconte le professeur. C’était complètement inattendu. Une interprétation très préliminaire suggère qu’il pourrait s’agir des vestiges d’un atelier contemporain au magasin, d’une forge dans laquelle le forgeron fabriquait des outils aratoires en métal.»
Des fouilles ont aussi été faites sur le site du cimetière de l’Habitation. «Un millier de personnes y ont été inhumées, souligne Réginald Auger. Le problème est qu’en quelques années il ne subsiste plus de traces des corps. Enterrés dans un linceul, ils sont complètement dévorés par les bactéries. Nous n'avons trouvé que des indices, soit des décolorations des strates de sol et des textures différentes. Ces différences sont probablement dues aux déplacements de la terre lors des inhumations.»
Catherine Losier est chercheuse postdoctorale en archéologie. En Guyane, elle a supervisé trois étudiantes sur deux sites : la partie ancienne de l’Habitation Loyola ainsi que la poterie Bergrave située à quelques kilomètres de là. La partie ancienne est une terrasse retenue par un mur de pierres. «Nous avons fait la découverte de deux tronçons de mur dans l’aire de fouille, explique la chercheuse. Nous avons aussi trouvé le négatif de trous de poteaux. Ces découvertes prouvent hors de tout doute que la terrasse a été aménagée afin de construire à son sommet un bâtiment.»
Les chantiers-écoles ont 30 ans
Les chantiers-écoles en archéologie de l’Université ont vu le jour en 1982 à l’initiative des professeurs Marcel Moussette, aujourd’hui retraité, et Michel Fortin, l’actuel directeur du Département d’histoire. Le 26 août dernier, l’un et l’autre ont assisté, sur le site de l’îlot des Palais, dans la Basse-Ville de Québec, à une
cérémonie commémorative soulignant les 30 ans de ce système d’ateliers pratiques. Quelque 150 personnes étaient présentes.
«Environ 400 étudiants sont passés par les chantiers-écoles, indique Réginald Auger. À leurs débuts, les travaux se déroulaient uniquement en milieu urbain. Aujourd’hui, nous avons notamment un chantier-école en archéologie préhistorique à Saint-Augustin-de-Desmaures, en banlieue de Québec.»
Ce modèle permet à l’Université de collaborer étroitement avec une municipalité grâce à l’aide financière du ministère de la Culture du Québec. «C’est une formule gagnante, affirme le professeur. La collaboration dure au moins trois ans. Pour une ville, un chantier-école permet des recherches beaucoup plus approfondies. Cela va beaucoup plus loin qu’une intervention ponctuelle de deux mois réalisée par des consultants. Des recherches de niveau universitaire sur le terrain prennent plus de temps, mais elles permettent de produire des mémoires et des thèses.»