Université Laval
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire

recherche

Volume 48, numéro 1510 janvier 2013

Le fruit est-il mûr?

Des anthropologues proposent de repenser la distribution locale des fruits et légumes en tablant sur les producteurs de taille moyenne
Pas facile pour les amateurs de tomates ou de fraises locales de trouver des fruits et légumes à leur goût. Surtout lorsqu’on sait que 75% de la distribution alimentaire québécoise se concentre dans les mains de trois gros joueurs… Pendant plus de deux ans, un collectif regroupant notamment Équiterre, Option consommateurs et l’Université Laval a enquêté auprès de dizaines de producteurs ainsi que de nombreux commerçants et consommateurs. L’étude Mangez frais, Mangez près lève le voile sur la commercialisation d’aliments produits dans trois régions: Montréal, Centre-du-Québec et Chaudière-Appalaches.

Les conclusions permettent de dépasser quelques idées reçues. Non, les marchés publics ne sont pas la propriété exclusive de fermiers néoruraux alimentant en choux bizarres des végétariens purs et durs! Eh oui, les entreprises agricoles de taille moyenne peuvent vendre leur production ailleurs que dans d’immenses centres de distribution.

Pour mieux comprendre la réalité des producteurs maraîchers, Manon Boulianne, professeure en anthropologie, s’est associée aux étudiantes Stéphanie Bégin, Marie-Eve Dumas, Mylène Santerre, Geneviève Vaillancourt ainsi qu’à plusieurs diplômés. Son équipe a interrogé 77 propriétaires de ferme produisant des fruits et légumes. «En étant anthropologues, nous avons l’avantage de recueillir les points de vue sans les classer dans des catégories prédéterminées», explique cette chercheuse associée au Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD).

Le questionnaire rempli par les producteurs ainsi que l’entrevue à laquelle ils se sont prêtés illustre la variété des circuits de distribution. Si les plus petits apprécient les initiatives comme l’Agriculture soutenue par la communauté, où des clients reçoivent chaque semaine un panier prépayé de leur fermier, nombreux sont les maraîchers qui vendent dans les marchés publics. Plusieurs obtiennent d’ailleurs un chiffre de vente intéressant de cette distribution au consommateur sans intermédiaire. Certains ont confié qu’ils apprécient le lien de confiance noué avec le public au fil des saisons. D’autant plus que les prix sont plus stables que ceux pratiqués par les grossistes.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser au départ, la vente directe au consommateur dans les marchés ou au kiosque à la ferme ne se limite donc pas à de petits producteurs. Manon Boulianne travaille maintenant avec Carole Després, professeure à l’École d’architecture, sur une carte de l’offre agroalimentaire locale dans la région de Québec. Selon elle, il faudrait à l’avenir viser les entreprises de taille moyenne pour offrir davantage de produits locaux aux consommateurs. Si les gros maraîchers trouvent économique de vendre leur production à des distributeurs, plusieurs producteurs de taille intermédiaire cherchent des circuits de distribution plus directs. Or, les formules actuelles – vente au panier, au kiosque, au marché public ou dans Internet – requièrent beaucoup de main-d’œuvre et de manipulation. L’équipe d’anthropologues préconise donc de faire preuve d’imagination, par exemple en incitant les producteurs à se regrouper par région afin que leurs salades ou leurs concombres soient plus disponibles dans les rayons des grandes épiceries.
Photo
La vente directe au consommateur dans les marchés ou au kiosque à la ferme ne se limite pas à de petits producteurs.

commentez

partagez

 
haut
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire
Direction des communications

Questions et commentaires?
Le-Fil@dc.ulaval.ca

© 2012 Université Laval, tous droits réservés
Visitez ulaval.ca