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Volume 48, numéro 1921 juin 2012

Gangsters sans frontières

La mondialisation a multiplié les activités transnationales pour le crime organisé
Du blanchiment de l’argent du crime à la contrefaçon, en passant par le trafic de drogues, d’êtres humains, d’espèces animales protégées, de pierres précieuses ou de médicaments frelatés, la criminalité transnationale a un champ d’activités très vaste.

«La mondialisation, grâce à l’intégration économique et la libéralisation des marchés, a multiplié les possibilités pour le crime organisé, comme elle l’a fait pour l’économie licite, en réduisant les barrières aux frontières nationales», explique l’étudiant Hobivola A. Rabearivelo. Ce doctorant en études internationales est le rédacteur en chef de Regard critique, le journal des Hautes Études internationales. Le 24 janvier, au pavillon Gene-H.-Kruger, il a participé à une table ronde sur les impacts de la mondialisation. Son exposé portait sur la criminalité transnationale organisée.

Le volume global du commerce de marchandises a connu une augmentation annuelle moyenne de 5 % de 1991 à 2011. En 1999, le transport aérien de passagers atteignait 1,5 milliard de personnes. Dix ans plus tard, il était de 2,5 milliards de personnes.

Selon Hobivola A. Rabearivelo, une plus grande circulation des personnes a pu favoriser les déplacements transnationaux des membres d’organisations criminelles. D’ailleurs, une étude parue en 2007 évaluait à environ 1 000 milliards de dollars états-uniens l’argent sale en transit dans le monde. «L’insertion de l’argent sale dans les activités internationales des banques a été facilitée notamment par la constitution de paradis fiscaux et réglementaires», rappelle-t-il.

Quant à Internet, il a ouvert la porte à de nouvelles formes de criminalité transnationale, comme le vol de données en ligne, la fraude informatique et le piratage d’infrastructures informatisées. Il rend aussi disponibles certaines marchandises partout dans le monde et en très peu de temps. Cela comprend notamment les copies illégales d’objets couverts par la propriété intellectuelle. Pensons aux faux sacs Vuitton ou aux pseudomontres Rolex. «On estime que 5 à 10 % du commerce mondial est constitué de biens contrefaits», indique l’étudiant.

La mondialisation a agi comme un catalyseur pour les activités internationales d’organisations comme les mafias italienne et sicilienne. Elle a également permis une réorganisation des acteurs du marché illicite. «Des groupes criminels d’un pays donné, à la taille et aux activités variables, ont pu entrer en contact avec ceux d’autres pays, eux aussi plus ou moins grands et donnant dans des activités plus ou moins complémentaires, explique Hobivola A. Rabearivelo. Un peu comme sur le marché licite, les organisations ont mené des opérations similaires à des fusions-acquisitions ou des alliances pour optimiser leur chaîne de valeur. Si une menace survient, l’association se dissout et ses membres s’éparpillent, de façon temporaire ou définitive.»

La répression du crime organisé transnational n’a rien de simple. Une étude parue en 2002 évaluait que 90% des marchandises qui transitent par les ports et les aéroports de l’Union européenne circulent sans encombre. Seules de 3 à 5% d’entre elles font l’objet d’un contrôle. «Nombre de produits frauduleux sont dès lors susceptibles d’échapper aux autorités policières», soutient Hobivola A. Rabearivelo.

Selon lui, deux facteurs compliquent la vie des services douaniers et policiers. D’une part, les marchandises illicites se fondent dans le flux total de biens en circulation, rendant leur détection très difficile. D’autre part, les services douaniers et policiers sont tenus d’adapter leurs méthodes de travail afin de ne pas entraver la fluidité du commerce international.

Les opérations de répression consistent à faire des contrôles et des saisies. Dans leur travail, les douaniers et les policiers peuvent collaborer avec des services du renseignement et des organismes chargés de surveiller les opérations bancaires. Certains outils de surveillance, à la fine pointe de la technologie, peuvent être mis à contribution. C’est le cas du passeport électronique ou biométrique. Ou des scanneurs de grande taille capables de contrôler le contenu d’un camion ou d’un conteneur sans avoir à l’ouvrir.

Les activités de répression s’appuient sur des accords d’échange de renseignements entre deux États, ou dans un cadre multilatéral, comme l’Organisation pour la coopération et le développement économiques. «Le Canada a, par exemple, signé plus de 150 accords bilatéraux concernant les informations fiscales, précise Hobivola A. Rabearivelo. De son côté, l’Union européenne a mis en place Europol. Ce service sert au partage d’information relative au crime organisé transnational entre les services de police des 27 membres de l’Union et avec les polices des États partenaires, comme le Canada.»

Le texte de l'exposé de Hobivola A. Rabearivelo, dans le cadre de la table ronde sur les impacts de la mondialisation, est accessible à l'adresse suivante:
Du groupe criminel domestique à l’organisation criminelle transnationale: Comment la mondialisation a-t-elle restructuré le crime transnational organisé?
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