Université Laval
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire

actualités

Volume 48, numéro 2121 février 2013

GPS: un gadget pour s'égarer?

Il est imprudent de se fier uniquement à la technologie de navigation par satellites pour établir son itinéraire
En mars 2011, une étudiante en médecine de Sherbrooke a défrayé les manchettes des journaux après s’être perdue sur une route secondaire très peu fréquentée du Nouveau-Brunswick, où elle a passé trois jours enlisée dans la neige. Stéphanie Parent se rendait effectuer un stage au centre hospitalier de Bathurst. Son appareil de géolocalisation par satellites, une technologie que l’on désigne par l’acronyme GPS, l’avait orientée erronément vers un chemin forestier. Au bout de trois jours d’attente dans sa voiture, où elle se nourrissait des provisions préparées par sa mère, l’étudiante fut retrouvée par un motoneigiste.

Cette mésaventure figure parmi les nombreuses histoires d’horreur relatives à l’utilisation d’un GPS. Ce soir, le jeudi 21 février, le professeur Marc Gervais, du Département de sciences géomatiques, en relatera quelques-unes lors de la conférence qu’il donnera à compter de 19h à la bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec. Cette présentation s’inscrit dans Les rencontres du numérique de l’Institut Technologies de l’information et Sociétés. Le thème de la soirée sera «Les incidents reliés à l’utilisation des GPS: à qui la faute?».

La technologie du GPS est très répandue de nos jours. Elle s’appuie sur des signaux transmis par des satellites en orbite autour de la Terre. À l’aide d’un récepteur, une personne peut se localiser et s’orienter avec précision sur terre, sur mer ou dans les airs. «Cependant, cette technologie n’est pas fiable à 100%, soutient Marc Gervais. Un orage peut entraîner une mauvaise réception du signal. Celui-ci peut être temporairement coupé par un gros bâtiment. Parfois, le système va nous faire passer par un chemin qui apparaît sur les cartes routières qu’il a en mémoire, sans tenir compte du fait que ce chemin n’est carrossable que six mois par an.»

Dans certains cas, le GPS a été à l’origine de graves accidents, de dommages importants, voire de pertes de vie. Une enquête réalisée au Royaume-Uni en 2008 mentionne l’existence de près de 15 millions d’usagers du GPS dans ce pays. Certains répondants ont indiqué avoir déjà perdu leur chemin à cause de la navigation par satellites. D’autres ont dit avoir été distraits, confus ou déconcentrés au volant. Certains ont effectué des virages tardifs ou illégaux. D’autres ont été encouragés à emprunter des voies pourtant interdites à la circulation. «Parfois le GPS allonge le trajet, ajoute Marc Gervais. Parfois il propose comme étant le meilleur chemin un sentier pour les véhicules tout-terrain, non carrossable.»

Les nombreux incidents et accidents survenus ces dernières années dans le monde nous enseignent deux faits. «Le GPS devient une source de distraction, affirme le professeur. Par exemple, les conducteurs ne voient pas les panneaux de signalisation. Deuxièmement, en se fiant totalement aux indications transmises par leur système de navigation, les automobilistes perdent leur sens critique.» Il est imprudent de se fier uniquement à cette technologie pour son itinéraire. Mieux vaut avoir en tête une idée générale du parcours.

La littérature juridique fait état de plusieurs litiges impliquant des professionnels tels des pêcheurs commerciaux ou des guides de chasse. En cour, ces derniers ont plaidé leur bonne foi, croyant, grâce au GPS, effectuer leur activité sur le territoire autorisé. «Chaque fois, explique Marc Gervais, le juge leur a dit qu’ils étaient des professionnels et qu’il leur revenait de s’assurer que leur GPS les localise correctement. C’était leur responsabilité. Ils se devaient de connaître les limites de leur appareil et de s’assurer que l’information obtenue était exacte.»

Ce dernier ne sait pas comment un juge réagirait dans une cause judiciaire impliquant un simple citoyen, conducteur d’une automobile, et la technologie GPS. «La question est ouverte, soutient-il. De telles causes vont apparaître vu la démocratisation de plus en plus grande de ce produit. Juridiquement parlant, le juge pourrait statuer qu’il y a encore les cartes routières en papier pour s’orienter. Il pourrait invoquer une possible responsabilisation des utilisateurs lorsqu’ils se servent de cette technologie pour leur itinéraire.»
Photo

commentez

partagez

 
haut
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire
Direction des communications

Questions et commentaires?
Le-Fil@dc.ulaval.ca

© 2012 Université Laval, tous droits réservés
Visitez ulaval.ca