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Volume 48, numéro 136 décembre 2012

Le grand retour des industries

Aux États-Unis, le secteur manufacturier se requinque après un long déclin dû en partie à la délocalisation des emplois vers les pays émergents
«Made in America.» Durant la récente campagne électorale aux États-Unis, cette expression a fréquemment émaillé les discours des deux candidats à la présidence. Barack Obama et Mitt Romney ont souligné la nécessité, pour redynamiser l’économie américaine, de rapatrier aux États-Unis les installations de production que nombre d’entreprises manufacturières avaient transférées dans les pays à bas salaires, notamment la Chine, depuis les années 1990.

«Ce phénomène de délocalisation vers les pays émergents s’inscrit dans une tendance lourde de désindustrialisation de l’économie américaine qui remonte aux années 1960, affirme l’étudiant Joris Fougerat, inscrit au diplôme d’études supérieures spécialisées en administration des affaires. La délocalisation s’est affirmée dans les années 1980 et s’est fortement accentuée dans les années 1990 en raison du Made in China.» Selon lui, en 1960, la part de l’industrie manufacturière dans le produit intérieur brut américain s’élevait à 26 %. En 2009, elle n’était plus que de 11%. En comparaison, ce pourcentage était de 12 % en France, de 16 % au Québec et de 20% en Allemagne.

Le lundi 26 novembre, au pavillon La Laurentienne, Joris Fougerat et ses confrères Ammar Faïdi, Adrien Lagardère, Margaux Rouf et Yann Smith ont fait une présentation sur la réindustrialisation aux États-Unis. L’exposé s’est déroulé lors d’un colloque organisé par le professeur Zhan Su, titulaire de la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales.

«Les années 1990 ont été marquées, aux États-Unis, par l’explosion de l’économie de services et le spectaculaire développement de l’économie virtuelle, soit celle de l’informatique et d’Internet, explique Joris Fougerat. Cette croissance s’est faite aux dépens du secteur manufacturier.»

Facteur aggravant: en 2000, le gouvernement américain a consenti de généreux avantages fiscaux aux entrepreneurs désireux de délocaliser leur production à l’étranger. «L’objectif, dit-il, était d’affirmer la puissance américaine par son dynamisme économique en favorisant l’expansion de l’américanisation et de l’impérialisme culturel dans les nouveaux marchés.» Depuis, la délocalisation et la crise économique et financière de 2008 ont contribué à la perte du tiers de tous les emplois du secteur manufacturier au pays.

Comment amener les entreprises américaines à produire aux États-Unis? «Les industriels américains doivent considérer le fait que leur pays est le plus grand marché au monde, en termes de pouvoir d’achat, répond Joris Fougerat. De plus, le taux d’imposition sur les entreprises est en train de changer. Dans les six derniers mois, il est passé de 35% à 31%. L’administration Obama a comme objectif de le descendre à 25 %.»

Un autre argument de poids est le coût du transport, lequel a fortement augmenté. «Quatorze pour cent des industriels concernés prévoient ramener leur production aux États-Unis pour cette raison», souligne Joris Fougerat. Et que dire de la baisse de la valeur du dollar américain? Depuis la crise de 2008, il s’est déprécié d’environ 15% face aux grandes monnaies mondiales. Or une monnaie plus faible favorise les exportations. La demande nationale, elle, est en mutation. Aujourd’hui, 80 % des Américains préfèrent acheter des produits fabriqués dans leur pays. Même l’incontournable argument des coûts de production plus faibles tient de moins en moins la route. «En 2000, rappelle-t-il, il coûtait 22 fois plus cher de faire fabriquer un produit aux États-Unis qu’en Chine. Pour 2015, on prévoit que le différentiel ne sera plus que de 4.»

Les États-Unis ont de grosses cartes dans leur jeu. La capacité à innover des entreprises et leur haut niveau technologique en sont des exemples. Depuis quelques années, les universités produisent beaucoup plus de diplômés en génie. Et le secteur manufacturier attire actuellement 70% des investissements privés.

Autre élément et non le moindre : la politique de réindustrialisation de l’administration Obama. «À la suite de la crise de 2008, le gouvernement américain a remis au goût du jour plusieurs lois, dont le Buy American Act, explique Joris Fougerat. Ces efforts montrent une volonté de remettre à flot l’industrie américaine. L’exemple le plus révélateur est le plan de sauvetage de l’industrie automobile. En 2009, l’administration Obama a prêté près de 80 G$ à deux grands constructeurs, GM et Chrysler. Après avoir frôlé la faillite, GM est redevenu, cette année, le premier fabricant d’automobiles au monde.»

Le secteur manufacturier américain a repris principalement dans 10 États. Les villes de Detroit, Seattle et San José viennent en tête avec la création de quelque 32 000, 25 000 et 13 000 emplois entre janvier 2010 et août 2012. «La reprise s’observe, entre autres, dans l’industrie chimique et l’industrie métallurgique, précise Joris Fougerat. Ces entreprises ont pour caractéristiques la flexibilité, la productivité, une faible croissance des salaires et une forte valeur ajoutée.»

Selon lui, on assiste au début de la réindustrialisation des États-Unis. « Et elle peut s’avérer importante », affirme-t-il. Ainsi, une étude du Boston Consulting Group publiée l’an dernier prévoit que l’économie américaine, d’ici 2020, pourrait rafler 3% des exportations réalisées aujourd’hui par les principaux pays européens. Elle prévoit aussi que jusqu’à cinq millions d’emplois pourraient être créés aux États-Unis grâce aux exportations.
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En 2009, le plan de sauvetage de l'industrie automobile américaine a montré la volonté de l'administration Obama de remettre à flot le secteur manufacturier.

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