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Volume 48, numéro 197 février 2013

Un héritage empoisonné


Les résidus d'un insecticide prohibé depuis deux décennies hantent les Guadeloupéens
Un insecticide interdit depuis 20 ans en Guadeloupe fait encore ressentir ses effets néfastes sur le développement des jeunes enfants de cette île. En effet, selon une équipe internationale à laquelle sont associés des chercheurs de l'Université Laval, l'exposition prénatale au chlordécone provoquerait un déficit de la motricité fine chez une partie des jeunes Guadeloupéens. Ces conclusions sont présentées dans la dernière édition en ligne de la revue NeuroToxicology par 12 chercheurs dont Olivier Boucher, Marie-Noëlle Simard, Renée Dallaire et Gina Muckle, du Centre de recherche du CHUQ et de l'École de psychologie.

Le chlordécone est un pesticide organochloré appartenant à la même famille que le mirex. Les États-Unis en ont banni l'usage en 1976, mais la Guadeloupe a attendu en 1993 pour en faire autant. Cet insecticide y était utilisé pour combattre le charançon du bananier. Sa demi-vie dépasserait 50 ans dans les sols, ce qui expliquerait pourquoi on en retrouve toujours dans les fruits et légumes cultivés dans des champs où il a déjà été épandu et dans les sources d'eau avoisinantes.

Les chercheurs de l'Université Laval et leurs collègues de France, de Belgique et de Guadeloupe ont estimé l'exposition prénatale à ce polluant chez 141 enfants à partir d'échantillons de sang du cordon ombilical à la naissance. À l'âge de 18 mois, ces enfants ont également été soumis à une batterie de tests psychologiques, notamment à des tests de motricité fine comme porter une cuillère à sa bouche sans renverser sa nourriture, tourner les pages d'un livre, empiler des blocs sans les faire tomber, etc.

Les chercheurs ont ainsi découvert que le groupe des 40 enfants les plus exposés au chlordécone affichait un déficit de motricité fine. «Le même effet avait été observé lorsque les enfants avaient sept mois, souligne Gina Muckle. Nous ne savons pas si ce déficit disparaîtra avec le développement où s'il est permanent. Un suivi des enfants à l'âge de 7 ans est en cours pour répondre à cette question.»

L'effet néfaste de ce pesticide, dont la structure chimique ressemble à l'oestrogène, ne se manifeste que chez les garçons. «Ce résultat est compatible avec les propriétés oestrogéniques du chlordécone. Des recherches antérieures menées sur des animaux de laboratoire avaient aussi conclu que cet insecticide avait des effets différentiels en fonction du sexe», signale la chercheuse.

Les autorités guadeloupéennes sont bien au fait des dangers que pose le chlordécone. Des mesures de surveillance de la contamination dans l’eau potable et les aliments existent depuis 1999. «De plus, on recommande aux futures mamans d'éviter de consommer les légumes-racines cultivés dans des jardins situés dans des zones consacrées à la culture de la banane ou dans les bassins versants des bananeraies», ajoute la professeure Muckle.
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En Guadeloupe, le chlordécone était utilisé pour lutter contre le charançon du bananier. Cet insecticide a été banni il y a 20 ans, mais on en retrouve encore aujourd'hui dans les sols et l'eau.

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