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Volume 48, numéro 1724 janvier 2013

Les gazouillis de la campagne

Le site de microblogage Twitter n’a pas influencé le résultat des élections québécoises, contrairement à ce que prédisaient les médias traditionnels
La dernière campagne électorale, en plus d’avoir enflammé certains repas familiaux, a soulevé les passions dans la twittosphère. Les partis politiques, bien conscients du phénomène, ont investi en masse cette plateforme numérique. Or, cette activité sur le Web n’a pas changé la donne lors des élections, contrairement aux prédictions des médias, qui nous promettaient une «campagne 2.0».

«Avant le déclenchement des élections, les médias nous ont dit qu’on allait vivre la première campagne 2.0 dans l’histoire du Québec. J’étais mort de rire! Ça fait trois élections qu’ils nous disent ça! En 2007, on faisait référence aux blogues politiques, en 2008 c’était Facebook, puis Twitter en 2012. Finalement, ça n’a pas changé les règles du jeu», s’exclame Thierry Giasson, professeur au Département d’information et de communication.

Ses collègues et lui ont analysé 2 573 messages diffusés sur Twitter par les principales formations politiques durant la campagne. Ce corpus représente 41% des gazouillis envoyés du 1er août au 3 septembre dernier. Leur conclusion a été présentée lors d’un colloque tenu les 18 et 19 janvier à l’hôtel Clarendon. Elle fera aussi l’objet d’un chapitre du livre L’élection québécoise de 2012, auquel collaboreront plusieurs chercheurs de la province.

Selon le professeur, les journalistes ont promis une campagne 2.0 pour justifier leur présence active sur Twitter. «Quand les médias investissent des ressources dans quelque chose, ils veulent que ça rapporte. Tous les journalistes suivent Twitter à longueur de journée! Ils ont voulu croire que ça aurait une incidence.»

Sans grande surprise, leurs résultats démontrent que le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) François Legault a été le politicien le plus actif du réseau. Tout au long de la campagne, il a fait preuve d’une ardeur étonnante pour livrer ses impressions en 140 caractères. «Il a tweeté environ 2800 messages en 35 jours, ça n’a aucun sens! Manifestement, la CAQ a sciemment laissé Legault mener la campagne sur Twitter.»

Ce dynamisme a valu au politicien de nombreuses diatribes, notamment après avoir affirmé que «les filles attachent moins d’importance au salaire que les garçons », ou encore que les parents ne transmettent pas de « valeurs d’effort et de dépassement de soi» à leurs enfants. La majorité de ces bourdes, même si elles ont enflammé la twittosphère, ont eu peu de répercussions sur la campagne, selon Thierry Giasson. «Essentiellement, ce qui se déroule sur Twitter reste à l’intérieur du réseau. Ça demeure un espace intime, une chambre d’écho.»

Le groupe de recherche a par ailleurs répertorié différents usages de Twitter en fonction de l’idéologie du parti. Les formations de gauche ou militantes seraient plus ouvertes à l’aspect social de cet outil. Durant la campagne, leurs gazouillis visaient principalement à débattre et à discuter avec les citoyens. Option nationale y a mené une campagne dynamique, contrecarrant ainsi son manque de visibilité médiatique.
Le Parti québécois, la Coalition Avenir Québec et les libéraux ont pour leur part privilégié des messages annonçant les orientations et les promesses du parti, favorisant très peu les échanges avec leurs abonnés.

Et si le Québec replonge en élection l’année prochaine, peut-on s’attendre cette fois à une «campagne 2.0»? La question fait sourire le professeur. «Tant qu’il n’y aura pas une masse critique d’électeurs qui s’intéressent à ce créneau en l’intégrant dans sa routine de consommation de l’information, ça ne changera rien. Pour l’instant, on en est encore loin.» Selon les dernières données du CEFRIO, à peine 10% des internautes québécois sont branchés sur Twitter et y passent en moyenne cinq heures par semaine.
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Les diatribes des internautes comme François Legault, très actif sur Twitter, n’ont pas eu de conséquences lors de la campagne électorale, affirme le professeur en communication Thierry Giasson.

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