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Volume 48, numéro 1229 novembre 2012

Les herbiers ont de l'avenir

Les chercheurs ont plus que jamais recours aux collections de plantes pour comprendre le monde
En cette ère de big science où les chercheurs tablent souvent sur des appareils d'analyse hautement sophistiqués qui coûtent les yeux de la tête, y a-t-il encore quelque chose à tirer de vieilles plantes séchées conservées depuis des lustres dans des herbiers? Il semble bien que oui, suggère une étude parue dans un récent numéro de Perspectives in Plant Ecology, Evolution and Systematics, sous la plume de Claude Lavoie.

Selon le professeur de l'École supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional, le recours aux herbiers a connu une progression fulgurante au cours des 15 dernières années, et le potentiel de cet outil est encore largement sous-exploité.

Le chercheur, rattaché au Centre de recherche en aménagement et développement, a recensé toutes les études de nature biogéographique ou environnementale publiées depuis 50 ans qui ont fait appel à des herbiers. Bilan: 382 articles totalisant 4620 pages dans 130 revues. Le nombre de publications est resté très modeste entre les années 1960 et 1990 avant de prendre son essor en 1992. La véritable explosion s'est toutefois produite après l'an 2000: 71% de tous les articles répertoriés sont parus depuis.

Les études publiées avant 1990 portent presque exclusivement sur les plantes envahissantes et sur la pollution, signale Claude Lavoie. Depuis, les chercheurs y ont recours pour des travaux sur les changements dans la répartition géographique des espèces, l'effet de la diminution de la couche d'ozone, les espèces rares ou vulnérables, les études historiques, les priorités de conservation, les maladies végétales, la phénologie végétale et l'impact des changements climatiques. 

Pour réaliser leurs travaux, les auteurs de ces études ont consulté 733 herbiers, dont près de 70% sont situés en Amérique du Nord et en Europe. Les herbiers des États-Unis sont de loin les plus consultés, suivis par ceux du Canada et du Royaume-Uni. «Les collections de plantes sont encore largement sous-utilisées, estime le professeur Lavoie. Pour l'instant, seulement 1,4% des 350 millions de spécimens contenus dans tous les herbiers ont servi à répondre à une question scientifique.»

La numérisation des collections, encore limitée pour le moment, pourrait changer la donne en facilitant grandement le travail des chercheurs. «Le nombre moyen de spécimens consultés par étude est de 226 lorsque les chercheurs utilisent les collections réelles alors qu'il atteint 15 295 lorsqu'ils font appel aux collections numérisées, signale-t-il. La numérisation des collections ouvre des perspectives extraordinaires pour la recherche. Je pourrais faire une étude sur les plantes envahissantes de Madagascar sans quitter mon bureau.»

La seconde vie des herbiers est survenue après des années difficiles. «Le creux de la vague a été atteint à la fin des années 1990, souligne le chercheur. Plusieurs herbiers ont fermé leurs portes et d'autres étaient menacés de fermeture, notamment au Québec. Le problème était que, jusque-là, les herbiers avaient surtout servi aux taxonomistes. Or, il n’y avait presque plus personne qui faisait de la taxonomie.»

La situation avait ravivé des critiques formulées dès les années 1960 à l'égard des herbiers qu'on accusait d'être des éléphants blancs onéreux qui demandaient plus qu'ils n'apportaient à la science moderne. «Depuis, on a réalisé qu'ils pouvaient servir à répondre à des questions environnementales ou biogéographiques bien actuelles.»

Un problème menace toutefois la valeur de cet outil scientifique. La baisse d'intérêt pour l'herborisation à laquelle on assiste depuis 30 ans fait en sorte que moins de spécimens contemporains s'ajoutent aux collections. «À partir des années 1970, ce n'était pas cool de ramasser des plantes, constate Claude Lavoie. Le niveau de récolte actuel équivaut à celui qu'on avait à la fin du 19e siècle.» Le chercheur se lance la première pierre. «Je n'ai pas herborisé pendant mes études de maîtrise et de doctorat, confesse-t-il. Aujourd'hui, par contre, je prêche par l'exemple et je demande à tous mes étudiants-chercheurs de rapporter des spécimens lorsqu'ils font du travail de terrain.»

Si d'autres chercheurs n'emboîtent pas le pas, les herbiers risquent de devenir des outils purement historiques. «La baisse du niveau d'herborisation réduit notre capacité à décrire les tendances récentes liées aux phénomènes qui affectent les plantes, soutient Claude Lavoie. Si on ne renverse pas le mouvement, le fossé entre la qualité des collections anciennes et récentes va se creuser davantage.»
Photo
Quelques planches de l'herbier Louis-Marie de l'Université Laval. Celle du centre, qui montre des tussilages, a servi aux recherches de Claude Lavoie sur l'évolution de la date de floraison de cette espèce printanière au Québec.
Photo: Marc Robitaille

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