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Volume 48, numéro 2014 février 2013

Les kamikazes du fleuve

Des étudiantes affrontent les courants et les glaces du Saint-Laurent pour l’amour d’un sport extrême
«La course du Carnaval a été des plus intenses! Les amoncellements de glace sur le fleuve nous ont offert un beau défi. Nous sommes fières de la façon dont nous l’avons relevé.»

L’étudiante Marianne Biron-Hudon, inscrite au baccalauréat en orientation, se souviendra longtemps de sa sortie sur le fleuve Saint-Laurent, entre Québec et Lévis, par un beau dimanche après-midi de février. Avec Dominique Bernard, Sarah Boudreau-Turpin, Anne-Sophie Corriveau et Dominique Laliberté-Martineau, toutes des étudiantes de premier cycle à l’Université Laval, elle forme l’équipage du canot à glace Bota Bota Spa sur l’Eau.

Après la première bouée, les étudiantes occupaient le deuxième rang sur 14 équipes féminines. Mais quelques mauvaises décisions plus tard, en raison du peu d’ouvertures sur l’eau, d’un grand nombre d’amas de glace et d’un courant plus fort que prévu, elles ont raté leur bouée à Lévis.

«C’était le chaos, raconte Marianne Biron-Hudon. Au moins une quinzaine de canots étaient entassés à l’extrémité est du quai dans un cafouillis et un désordre impossibles à décrire. Parmi eux, des équipages masculins partis avant les équipes féminines. Tous tentaient de remonter le courant pour toucher à leur bouée respective. Des coups de rames, des canots qui entrent en collision, d’autres qui partent à la dérive, des canotiers qui tombent dans notre bateau… On aura tout vu!» Les étudiantes ont finalement réussi à toucher à leur bouée pour ensuite repartir vers Québec. Elles ont terminé la course en septième position avec un temps de 1h15 min.

D’ici le 2 mars, l’équipage du Bota Bota Spa sur l’Eau se sera frotté à six reprises aux autres équipages féminins inscrits à la Coupe des glaces du Circuit québécois de canot à glace. Ces filles âgées de 20 à 22 ans sont les plus jeunes représentantes de ce sport peu banal.

«Anne-Sophie Corriveau et Dominique Laliberté-Martineau sont nouvelles dans ce sport cette année. Les trois autres n’ont qu’une saison à leur actif», précise Marianne Biron-Hudon. Si les étudiantes possèdent une expérience limitée en canot à glace, il en va autrement de leur expérience sportive. Trois d’entre elles font partie du club de rugby Rouge et Or. Une autre fait de l’escalade de glace. L’été dernier, Marianne Biron-Hudon, Sarah Boudreau-Turpin et Dominique Bernard ont traversé le Canada à vélo, de Vancouver à Québec. Un périple de 50 jours.

«À cinq dans le même canot, la cohésion entre équipières est primordiale, affirme Marianne, la capitaine. Ça nous aide d’avoir joué au rugby ensemble à l’école secondaire!»

Le canot à glace sur le fleuve Saint-Laurent peut, à juste titre, être qualifié de sport extrême. Les concurrents évoluent dans un environnement hostile. Il y a d’abord le froid, qui peut être intense. Le vent souffle sur cette immense étendue aux eaux glaciales. Les obstacles abondent sous forme d’amoncellements de neige et de glace qui dérivent au gré de courants capricieux et des marées.
Selon Marianne Biron-Hudon, une bonne forme physique et de l’endurance à l’effort sont nécessaires pour suivre le rythme de la course. Mais pour gagner, il faut surtout de la technique et de la stratégie.

Le défi consiste à mener l’embarcation sur un parcours aller-retour entre deux rives. Cela se fait à la rame dans les ouvertures sur l’eau qui apparaissent çà et là, ou en tirant et poussant le canot sur les étendues de glace. Les vitesses peuvent atteindre 15 km/h à la rame et 25 km/h à pied sur une belle glace vive. Les compétitrices cherchent le chemin le plus direct qui les fera avancer le plus vite possible. Sur le fleuve, le courant peut être d’une force surprenante. «L’an passé, une fois arrivées à Lévis, nous étions incapables de revenir. Il a fallu rentrer par le traversier avec notre canot!»

Cet hiver, les étudiantes ont fait un entraînement matinal particulièrement exigeant sur la rivière Saint-Charles. «Il devait faire -40 degrés Celsius! raconte la benjamine du groupe, Dominique Laliberté-Martineau. Parfois, quand je reviens d’un entraînement, c’est comme si je venais de courir un marathon. J’ai terminé chacune de mes courses avec une sensation d’euphorie. J’espère pratiquer ce sport longtemps. C’est devenu une passion.»

Car dans ce sport intense, à nul autre pareil, le plaisir a aussi sa place. «Lorsqu’on vient de réussir une transition difficile, par exemple de l’eau à la glace, on pousse toutes ensemble un cri de joie», confie la capitaine.

Cette saison, l’équipage du Bota Bota Spa sur l’Eau a pour objectif de terminer au moins une fois parmi les trois premiers. À Portneuf, les étudiantes ont fini huitièmes. Elles ont bouclé le parcours en 1h11 min. «Ce fut toute une première! s’exclame Marianne Biron-Hudon. On a vu qu’on pouvait tenir notre bout, qu’on pouvait dépasser des canots et rester dans la course.» À Trois-Rivières, où elles visaient un «top cinq», elles ont terminé sixièmes.

Ce samedi, les étudiantes seront à l’Isle-aux-Coudres pour la seule course de la saison en eau salée. «Les glaces se forment moins bien sur le fleuve, dit-elle. On peut s’attendre à courser dans ce qui ressemble à de la neige fondante et de la glace. Dans ces conditions, il est parfois avantageux de laisser les deux canotières avant pousser le canot avec leurs jambes et les deux canotières arrière ramer.» Là non plus, pas de danger qu’elles mettent sur la glace leur objectif de podium.


AVIS DE MODIFICATION
15 février 2013
Cet article a été modifié pour corriger une erreur. Ce n'est pas Dominique Laliberté-Martineau qui a traversé le Canada à vélo, mais Dominique Bernard.
Photo
À Trois-Rivières, l'équipage du Bota Bota Spa sur l'Eau se familiarise avec le parcours en prévision de la deuxième course de la saison 2013.
Photo: Geneviève Emond

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