Université Laval
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire

arts

Volume 48, numéro 1413 décembre 2012

Les miroirs noirs

L’exposition «La surface des jours» invite le visiteur à une mystérieuse traversée des apparences
Disons-le tout de suite: l’exposition que présente Michèle Lorrain à la Galerie des arts visuels est déroutante à bien des égards. En l’absence de toute indication sur les œuvres présentées, le visiteur marche un peu sans but, ne sachant trop où diriger ses pas. Trois grandes forment circulaires réfléchissantes, arborant des nuances de noir, là-bas, attirent pourtant son attention. Il s’en approche, et son image s’y reflète. On dirait une vitrine. Plus loin, une série d’autres cercles sombres comme autant de points noirs sur le blanc éclatant du mur l’interpellent. S’agit-il d’un cycle lunaire, de points de suspension?

Peu à peu, le mystère s’installe dans cet espace silencieux où les murs n’ont pas d’oreilles, mais des yeux. Un regard qui fait qu’on ne peut échapper à soi. Le titre de l’exposition déjà? Ah oui! La surface des jours. C’est pourtant vrai. Ici, tout est en surface. En même temps, on sent la profondeur de l’artiste qui, sans rien dévoiler, nous murmure des secrets.               

Pour démêler l’écheveau, un coup de téléphone à l’artiste s’impose. «Ce que je cherche à faire avec ces grands cercles, c’est de tirer la rue dans l’espace de la galerie, explique Michèle Lorrain. Je fais référence à la multitude d’objets réfléchissants présents dans une ville, plus précisément aux grandes vitrines qui séparent à peine les espaces relativement privés des bureaux et l’espace public de la rue. Le nuancier, avec ses couleurs de noir, gris anthracite et gris souris, me permet aussi de jouer avec la lumière et de suggérer une forme de déambulation. J’aime ce décalage qui souligne la distance qui s’opère de l’objet réel à son image furtive.»

Bachelière en arts plastiques de l’Université Laval, Michèle Lorrain détient également une maîtrise en arts visuels de l’Université du Québec à Montréal. Elle s’intéresse particulièrement à la construction de l’identité et aux facteurs qui contribuent à son émergence.

Ces cercles noirs qu’on trouve à la Galerie des arts visuels sont en fait de petites surfaces peintes intégrées aux cadres d’horloges récupérées. Michèle Lorrain les appelle les «miroirs noirs», cet instrument optique dont les peintres se servaient jusqu’au 20e siècle pour «objectiver» la composition d’un tableau.

«À l’origine, le miroir noir était composé d’une plaque de verre sous laquelle on glissait une feuille noire, souligne l’artiste. Les peintres de la Renaissance s’en servaient pour atténuer les nuances et les effets de profondeur d’un paysage. L’image réfléchie faisait ressortir davantage les lignes et les tracés et facilitait le travail de composition.»

Michèle Lorrain dit apprécier le miroir noir pour son contenu symbolique. «En observant autour de nous, on constate à quel point nous circulons parmi de multiples miroirs noirs, à travers les objets d’utilisation courante qui semblent prolonger notre perspective immédiate ainsi que notre perception du visible», avance-t-elle.

Jusqu’au samedi 22 décembre à la Galerie des arts visuels (local 054) de l’édifice La Fabrique. Heures d’ouverture: de 12h à 17h, du mercredi au dimanche.    
Photo
Dans sa démarche, Michèle Lorrain fait référence à la multitude d'objets réfléchissants présents dans une ville, plus précisément aux grandes vitrines
Photo: Marion Gotti

commentez

partagez

 
haut
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire
Direction des communications

Questions et commentaires?
Le-Fil@dc.ulaval.ca

© 2012 Université Laval, tous droits réservés
Visitez ulaval.ca