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Volume 48, numéro 272 mai 2013

De leur propre bouche

Le sentiment d’aliénation vécu par certaines femmes offrant des services d’escorte serait lié à la perception qu’elles ont de leur gagne-pain
La question du plaisir ressenti par les escortes féminines est un sujet tabou. Est-il possible pour une prostituée d’atteindre le septième ciel avec un client? Comment départager la sexualité vécue au «travail» et dans la vie privée? Offrir son corps contre de l’argent est-il une expérience aussi aliénante qu’on le croit? Dans son doctorat en sociologie de la sexualité, Jacqueline Comte tente de mieux comprendre la façon dont des femmes ayant choisi librement d’exercer le plus vieux métier du monde vivent leur propre vie amoureuse.

D’entrée de jeu, et au risque de se mettre bien des féministes à dos, la sexologue critique l’expression «vendre son corps» souvent employée pour parler des prostituées. «Si ces femmes vendaient leur corps, elles ne l’auraient plus ensuite, affirme-t-elle en entrevue. Elles offrent des services sexuels, c’est tout.»

Aux fins de sa recherche, Jacqueline Comte a réalisé des entrevues avec 16 escortes, des femmes payées par une agence ou travaillant à leur compte qui se rendaient à l’hôtel ou au motel pour rencontrer leur client. La plus jeune avait 21 ans et la plus âgée, 54. Selon qu’elles disaient prendre du plaisir lors de leur travail ou, au contraire, éprouver un certain malaise et même du dégoût, la sexologue a dégagé quelques profils.

«Chez celles qui laissaient venir le plaisir lorsqu’il se présentait lors de la relation physique, la sexualité était quelque chose de beau et d’agréable à explorer, dit la doctorante. Prendre du plaisir était une façon positive de vivre le travail d’escorte. Dans leur esprit, la sexualité n’avait pas besoin d’être vécue à l’intérieur d’un lien amoureux pour être agréable et épanouissante.»

En revanche, des participantes disaient s’empêcher d’avoir du plaisir sexuel, car elles craignaient de ne plus jamais avoir une vie de couple normale après avoir mis une croix sur leur travail d’escorte. L’une d’elles expliquait qu’avoir du plaisir sexuel avec un client équivalait à tromper son conjoint.

«Mon hypothèse était que les femmes mal à l’aise dans ce travail croyaient que la seule bonne sexualité devait se vivre dans une relation amoureuse, dit Jacqueline Comte. À la lumière de ce que m’ont révélé mes répondantes, je ne me suis pas trompée. Le sentiment d’aliénation est bel et bien lié à la perception qu’elles ont de leur travail et de la sexualité qui y est vécue.»

Selon la sexologue, ces découvertes viennent bousculer l’idée que les prostituées n’ont pas de plaisir sexuel avec leurs clients. «Sans compter qu’on veut nous faire croire que toutes ces filles ont vécu des agressions sexuelles durant leur enfance. Il faut dire que les médias ne présentent que des histoires de filles de la rue, vulnérables, sans-abri et sous la tutelle d’un souteneur. Mais il existe d’autres réalités que j’ai voulu montrer.»

Jacqueline Comte, Le plaisir dans la performance sexuelle chez des femmes offrant des services d’escorte. Mercredi 8 mai à 8h30, au local 1257 du pavillon Charles-De Koninck. Inscription au congrès obligatoire.
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