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Volume 48, numéro 2314 mars 2013

Maori et fiers de l'être

La transmission de sa culture a permis au peuple autochtone de Nouvelle-Zélande d’exceller dans plusieurs domaines
Grâce à leur défense du principe de souveraineté, les Maori sont aujourd’hui cités en exemple pour la revitalisation de leur langue et de leur culture ainsi que la reconnaissance de leurs droits. Mais avant d’atteindre ce résultat, ce peuple indigène de la Nouvelle-Zélande a mené bien des luttes. C’est un tableau de ces batailles qu’a présenté récemment Natacha Gagné, professeure au Département d’anthropologie, au Musée de la civilisation, en marge de l’exposition sur les Maori qui s’y tient jusqu’en novembre.

«On ne peut pas comprendre l’histoire des Maori sans parler d’abord du Traité de Waitangi qu’ils ont signé en 1840 avec la Couronne britannique, explique la spécialiste de ce peuple néo-zélandais. Ce traité est considéré comme étant à la base des relations entre les Maori et la population d’origine européenne et, donc, comme le document fondateur de la Nouvelle-Zélande.» 

C’est pourtant une différence dans l’interprétation de ce traité qui est à l’origine des guerres qui surviendront de 1845 à 1872 entre Maori et Anglais. Comme les deux groupes ne s’entendent pas sur la définition de souveraineté, les Anglais décrètent la nullité du traité en 1877 (celui-ci ne sera reconnu à nouveau qu’un siècle plus tard, en 1975). Les terres autochtones seront alors achetées à bas prix ou carrément confisquées. Au cours des décennies, les Maori migreront vers les villes. Cette migration atteindra un point culminant dans les années 1960.

Durant cette même période, les Maori commencent à éprouver des inquiétudes quant à l’avenir de leur langue, en perte de vitesse par rapport à l’anglais. Des enfants sont même punis pour avoir parlé maori en classe. En 1972, une pétition signée par 30 000 personnes est envoyée au Parlement néo-zélandais pour demander que la langue locale soit enseignée dans les écoles. Dix ans plus tard naissent les premiers établissements préscolaires d’immersion. Ils sont aujourd’hui au nombre de 700, sans compter de nombreuses écoles primaires et secondaires. On compte aussi plusieurs universités maori. 

«Les Maori continuent de transmettre leurs pratiques culturelles. C’est cette base qui leur a permis de devenir des compétiteurs et des collaborateurs dans plusieurs domaines, soutient Natacha Gagné. Je pense à leur représentation au gouvernement et dans l’administration, à leurs nombreuses réussites dans les arts, la littérature et les affaires – en particulier dans le domaine des pêches, des services de santé et des radios privées.»

Devant ces succès, on se demande pourquoi les choses semblent si bien fonctionner pour ce peuple et moins bien pour d’autres, comme les Autochtones du Québec et du Canada qui cherchent, eux aussi, à sauvegarder leurs langues et leurs cultures. «Le contexte n’est pas le même, explique Natacha Gagné. En commençant par le poids démographique: les Maori représentent 15% de la population néo-zélandaise alors que la proportion des Autochtones au Canada s’établit à 3,4%. Il y a aussi l’aspect de la diversité culturelle et linguistique; si les Maori parlent une seule et unique langue et présentent une plus grande homogénéité sur le plan culturel, il existe une extrême diversité chez nous. Enfin, historiquement, ces gens n’ont pas été confinés dans des réserves.» 

Cela dit, constate Natacha Gagné, tout n’est pas rose pour les Maori. Ces derniers présentent ainsi le plus haut pourcentage de diabète et de maladies cardiaques de la population néo-zélandaise. Il s’agit aussi du groupe le plus défavorisé sur le plan socioéconomique.

Natacha Gagné prononcera une autre conférence au Musée de la civilisation sur les Maori, le mardi 2 avril. Cette fois, elle portera sur leur expérience en ville, le milieu urbain étant là où habitent plus de 80% des Maori aujourd’hui. Natacha Gagné est l’auteure de Being Maori in the City: Indigenous Everyday Life in Auckland, qui vient tout juste de paraître chez University of Toronto Press.
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Les Maori représentent 15% de la population néo-zélandaise alors que la proportion des Autochtones au Canada s'établit à 3,4%

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