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Volume 48, numéro 2014 février 2013

Mauvaises langues!

Des chercheurs du Groupe de recherche en écologie buccale ont découvert une autre bactérie responsable de la mauvaise haleine
Faites-vous partie du quart des adultes aux prises avec la mauvaise haleine? Si c’est le cas, tâchez de bien vous nettoyer la langue. C’est là que vit Solobacterium moorei, une bactérie dont Shin-ichi Tanabe et Daniel Grenier viennent démontrer l’implication dans l’halitose, le nom savant de la mauvaise haleine. Les deux chercheurs du Groupe de recherche en écologie buccale à la Faculté de médecine dentaire ont publié leur découverte dans Archives of Oral Biology en décembre dernier.

L’halitose est principalement due aux composés soufrés volatils (CSV). «Ces molécules sont issues de l’action de bactéries, qui transforment des morceaux de protéines à l’aide d’enzymes», explique Daniel Grenier, microbiologiste et directeur du Groupe de recherche en écologie buccale. Parmi les quelque 700 espèces de microorganismes qui peuplent notre bouche, seulement cinq étaient connues pour produire ces enzymes. À ce nombre vient s’ajouter S. moorei, qui se cache dans les interstices des papilles de la langue.

Bien que l’existence de S. moorei soit connue depuis l'an 2000, les soupçons quant à son rôle dans l’halitose sont récents. Dans une étude épidémiologique menée en 2007, une équipe de chercheurs avait observé sa présence chez tous les patients atteints d'halitose et son absence chez les autres. Toutefois, comme S. moorei n’était pas connue pour produire des CSV, on ne pouvait alors certifier un lien de cause à effet. «Cette bactérie, contrairement à d’autres causant l’halitose, n’est pas associée à des maladies buccales, ce qui fait qu’on l’a encore peu étudiée, note le professeur Grenier. De plus, il peut être compliqué de la cultiver en laboratoire parce qu'elle ne croît qu’en l’absence d’oxygène.»

Les recherches menées par Daniel Grenier et Shin-ichi Tanabe, dentiste en stage postdoctoral, montrent que S. moorei ne peut faire la synthèse de CSV toute seule. «Elle a besoin que d’autres organismes produisent les enzymes nécessaires à la dégradation des protéines, qu’elle transforme ensuite en CSV, explique Daniel Grenier. En lui fournissant des protéines déjà dégradées en laboratoire, on s’est rendu compte que cette bactérie pouvait être une contributrice majeure à la mauvaise haleine.»

Hélas, il est pratiquement impossible de se débarrasser complètement de S. moorei. «Cette bactérie vit dans des endroits difficiles d’accès, remarque le microbiologiste. Toutefois, il est possible de limiter son abondance en frottant la langue à l’aide d’une brosse à dents et en utilisant un rince-bouche.»

La bouche contient des niches écologiques très différentes les unes des autres, et la diversité des microorganismes qui y vivent est impressionnante. «Virus, protozoaires, archées, bactéries, champignons et cellules humaines y cohabitent», souligne le professeur Grenier. Qui sait combien d’espèces il nous reste à découvrir dans cet écosystème pourtant si près de nous?
Photo
La bactérie découverte par les chercheurs se terre dans les zones dépourvues d'oxygène des forêts de papilles qui couvrent la langue.
Photo: Science Photo Library

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