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Volume 48, numéro 1421 juin 2012

Mortalité record chez le béluga

Les 25 carcasses de ce mammifère trouvées dans le Saint-Laurent cette année préoccupent grandement les chercheurs
L’année 2012 n’a pas été facile pour les bélugas du Saint-Laurent. Les chercheurs ont recensé 25 cadavres, dont 17 jeunes. Un chiffre «énorme» selon Robert Michaud, fondateur et directeur du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM). De passage sur le campus le 5 décembre, le biologiste a fait le point sur ses recherches lors d’une conférence organisée par la Société Provancher.

De 1988 à 2007, chez les jeunes bélugas, le nombre de corps repêchés a oscillé entre zéro et trois annuellement. L’année suivante, en raison d'une explosion d'algues rouges neurotoxiques, le décompte des victimes est passé à neuf. En 2010, 10 jeunes bélugas ont été récupérés, un chiffre qui a presque doublé cette année, sans qu'il y ait de traces d’algues rouges.

La cause de cette mortalité demeure inconnue, bien que plusieurs pistes soient explorées par les scientifiques. «Oui, les eaux du Saint-Laurent ont été exceptionnellement chaudes cet été, mais il n’y a pas d’explication simpliste comme on en lit parfois dans les journaux», prévient Robert Michaud, qui étudie ce genre de cétacé depuis une trentaine d’années. Le biologiste mentionne la pollution, le stress alimentaire et le dérangement par les bateaux comme potentiels responsables.

La mortalité périnatale apparaît particulièrement préoccupante. «Depuis 2010, le nombre de femelles mourant juste avant ou après la mise bas semble avoir beaucoup augmenté», s’inquiète-t-il. Un nouveau polluant pourrait être en cause. Au cours des dernières décennies, les bélugas ont été aux prises avec les BPC et l'insecticide DDT. Les biopsies récentes montrent que la présence de ces derniers diminue dans la graisse des bélugas. On a toutefois noté l’augmentation des polybromodiphényléthers (PBDE), qu’on utilise comme ignifuges dans les plastiques et les textiles. «Ces composés ont des effets sur la glande thyroïde; on pense qu’ils pourraient engendrer des complications lors des contractions, en plus de nuire au développement du fœtus», explique le biologiste.

Les suivis effectués par le chercheur et ses collègues suggèrent qu'au cours des 20 dernières années, la population est demeurée stable aux environs de 1100 individus. «Pourtant, en absence de prédateur, leur nombre devrait augmenter», observe le biologiste. On estime qu’il y a 10 fois moins de bélugas maintenant qu’il y en avait au début du siècle, avant qu’ils soient décimés par la chasse.

Titulaire d'un baccalauréat et d'une maîtrise en biologie de l'Université Laval, Robert Michaud a fondé le GREMM en 1985, deux ans après que le béluga du Saint-Laurent ait été désigné espèce en voie de disparition. Les recherches que le groupe a menées depuis, auxquelles ont participé plusieurs étudiants de l'Université Laval, ont levé le voile sur de nombreux aspects de la vie de ce cétacé.
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Photo: GREMM

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