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Volume 48, numéro 1229 novembre 2012

Pas dans notre assiette

Angelo Tremblay lance un cri du coeur pour dénoncer les effets pervers de la mondialisation de la production alimentaire
La mondialisation de la production alimentaire et la transformation des habitudes nutritionnelles qui en découlent auraient des répercussions néfastes sur la santé des populations et sur la qualité de l'environnement. C'est la thèse que soutiennent Angelo Tremblay, du Département de kinésiologie, et ses collègues Lysa Huneault et Kim Raine, du Centre for Health Promotion Studies de l'Université de l'Alberta, dans un article synthèse publié récemment dans le Center for Agriculture and Biosciences Review.

Au jeu de la libéralisation des marchés, il y a des gagnants et des perdants. «Le plus triste est qu'on peut prédire qui sera dans quel camp», avance le professeur Tremblay. Les pays les moins développés ont vu leur part des exportations mondiales en agriculture passer de 3,3 % dans la décennie 1970 à 1,5% dans la décennie 1990. «La mondialisation a accentué les disparités entre pays, et ce sont les plus démunis qui en paient le prix», constate-t-il.

L'accent placé sur les cultures d'exportation a encouragé un modèle agricole industriel tablant sur des apports massifs d'engrais, de phytocides et d'insecticides. Cette orientation a des répercussions sur l'environnement, sur la quantité et sur la qualité des aliments sur le marché, et indirectement sur les choix alimentaires. Ainsi, la production mondiale d'huile végétale a augmenté de 60% entre 1990 et 2003. Pendant cette période, la consommation de ce type d'huile augmentait de 25% en Europe et aux États-Unis, alors qu'elle doublait en Chine. L'épidémie mondiale d'obésité ne serait pas étrangère à la mondialisation de la distribution d'aliments transformés à haute teneur calorique dont les ventes sont moussées à grand renfort de publicité, ajoutent les auteurs de l'étude. 

«Les profits générés par la mondialisation de la production alimentaire vont surtout à des intérêts privés alors que les coûts sociaux sont refilés aux individus ou aux communautés, plaident les trois signataires. L'équilibre entre l'économie et l'écologie est difficile à restaurer dans un système où l'égoïsme d'investisseurs motivés par la recherche du profit s'oppose aux besoins biopsychosociaux des plus démunis.»

Au départ, la mondialisation était sans doute guidée par des intentions louables de développement économique, reconnaît le professeur Tremblay. Mais ce système, qui profite surtout à ceux qui sont déjà en situation de force, a des effets pervers. «Dans cette course effrénée au profit, il y a des démunis, des communautés, des écosystèmes, des espèces animales et végétales qui sont laissés pour compte. Le gradient de l'argent fait évoluer les choses trop rapidement.»

Angelo Tremblay ne se fait pas d'illusion. L'article qu'il a publié avec ses deux collègues albertains n'aura aucune répercussion sur le cours des choses: le sort des démunis et de l'environnement n'arrêtera pas le rouleau compresseur de l'économie mondiale. Mais le chercheur, qui se qualifie d'humaniste résigné, tenait tout de même à lancer ce cri du cœur. Signe que, derrière son apparente résignation, se cacherait encore un peu d'espoir?
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