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Volume 48, numéro 1831 janvier 2013

Politiques tièdes sur un enjeu chaud

À défaut de s'entendre sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre, les États sont contraints à se préparer au pire
Pendant 4000 ans, le nord de l'île d'Ellesmere, au Nunavut, a été bordé par des plateaux de glace formés par la patiente accumulation d’eau de mer gelée et de neige. Au début du 20e siècle, ces plateaux couvraient 8900 km2, soit 18 fois la taille de l'île de Montréal. Aujourd'hui, à peine 5% de cette superficie subsiste. Aux yeux du directeur scientifique du Centre d'études nordiques, Warwick Vincent, il ne fait pas de doute que la disparition de ces zones et des écosystèmes qui en dépendaient concorde avec l’hypothèse d’un changement climatique accéléré à l’échelle planétaire. «C'est la même chose dans le Nord du Québec où le réchauffement est sept fois plus élevé que ce qu'on observe à l'échelle du globe», ajoute-t-il.

Que faire devant ce bouleversement mondial du climat? Le 1er février, lors du Sommet de l'hiver, le professeur Vincent et son collègue du Département de science politique, Thierry Rodon, participeront à une table ronde ayant pour thème « Solutions à la crise climatique: que nous dit la science? ». Les deux chercheurs feront alors valoir que la science ne laisse planer aucun doute sur ce qu'il convient de faire – réduire la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère –, mais que, malheureusement, c'est la politique qui mène. «C'est bien beau les gestes individuels, mais la solution sera forcément collective, donc politique», souligne le professeur Rodon.

Comme il n'y a pas d'entente internationale en vue, de nombreux pays ont opté pour une politique d'adaptation qui consiste à se préparer à affronter les soubresauts du climat. Pareilles mesures sont particulièrement urgentes dans le Nord où la hausse des températures sévit déjà avec véhémence.

Selon le professeur Vincent, il faudrait créer dès maintenant des parcs et des zones de conservation en territoires nordiques pour limiter les stress qui menacent ces milieux et pour fournir des refuges aux espèces vulnérables. La suggestion surprend considérant que la presque totalité de ces vastes territoires est encore à l'état sauvage. «C'est justement pour cette raison qu'il faut agir tout de suite, fait-il valoir. Ce sera beaucoup plus difficile dans 50 ans, si on en juge par le rythme auquel le Nord se développe.»

Par ailleurs, le biologiste estime qu'il faut intervenir immédiatement pour limiter les répercussions du réchauffement climatique sur les collectivités nordiques, qu'il s'agisse de protéger les sources d'eau potable et la faune ou encore les aéroports, les routes et les habitations menacés par la fonte du pergélisol.

Les peuples du Nord ne pèsent pas lourd dans l'équation internationale, constate le professeur Rodon. «Pour les Inuits, le réchauffement est surtout synonyme de problèmes. Ils ne reconnaissent plus leur environnement, les bons lieux de chasse, les passages sécuritaires sur les glaces. C'est une attaque à leur mode de vie traditionnel.»

Les pays dont l'économie carbure à l'exploitation des ressources d'hydrocarbures fossiles hésitent à s'engager dans des ententes qui nuiraient à leur prospérité économique, surtout quand leurs voisins se montrent tout aussi réticents qu'eux à le faire. «Pour que les choses changent, il faudrait que les coûts économiques du réchauffement climatique dépassent les bénéfices du statu quo pour la plupart des pays, résume le politicologue. Avant qu'il y ait un consensus international, il faudra donc que les choses aillent beaucoup plus mal que maintenant, ce qui risque de prendre du temps.»

Vendredi 1er février à compter de 11h30, à la salle Jean-Paul-Tardif du pavillon La Laurentienne. Entrée gratuite, mais réservation obligatoire sur le site www.davidsuzuki.org/sommetdelhiver.
Photo
Un plateau de glace se fracture sur cette photo prise en 2008 sur l'île Ward Hunt, dans l'océan Arctique.
Photo: Denis Sarrazin CEN/ArcticNet

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