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Volume 48, numéro 1015 novembre 2012

Portrait de l'homme en prédateur

Des biologistes étudient le comportement des chasseurs pour mieux contrer la surabondance du cerf sur Anticosti
Bien que les études prédateur-proie soient classiques en biologie, elles ne mettent jamais l’humain dans le premier rôle. C’était du moins le cas jusqu'à tout récemment. Cette idée originale vient d'être appliquée dans une étude menée par des chercheurs du Département de biologie et du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, associés à la Chaire de recherche CRSNG-Produits forestiers Anticosti.

Les chercheurs ont recruté près de 500 chasseurs de cerfs de Virginie à leur arrivée dans trois pourvoiries. Ils leur ont demandé la permission d’analyser leur comportement pour tenter de déterminer les facteurs qui contribuent à une récolte fructueuse. «Dans près de 98% des cas, les chasseurs acceptaient de participer, raconte François Lebel, qui a consacré son mémoire de maîtrise à ce sujet. On leur remettait alors un émetteur GPS qui servait à enregistrer leurs déplacements en forêt. Les participants devaient aussi noter les coordonnées spatiales de chaque site où ils abattaient un cerf.» Cette information permettait aux scientifiques de retourner sur place afin de caractériser la visibilité et l'accessibilité de l'endroit ainsi que l’abondance de nourriture que les cervidés y trouvaient.

Le succès de chasse était plus grand dans les endroits dégagés comprenant des routes d’accès, rapportent les chercheurs dans un récent numéro du Journal of Wildlife Management. Fait intéressant, il n’était pas influencé par l'expérience du chasseur ni par les conditions météorologiques. «La grande densité de cerfs sur l’île d’Anticosti diminue l’importance de ces facteurs», avance François Lebel.

Si certaines conclusions de cette étude semblent aller de soi, elles permettront néanmoins de faire des choix éclairés dans la gestion du cerf, la principale ressource économique d'Anticosti. «Le cerf est maintenant si abondant qu’il broute tout sur l'île, ce qui risque de provoquer un effondrement de sa population. Les seules espèces épargnées, les épinettes blanches et noires, sont devenues abondantes et réduisent la visibilité en forêt. Maintenant qu’on sait que 80% des chasseurs restent à moins de 100m des chemins et tuent principalement en milieu dégagé, on peut aménager le territoire pour augmenter le prélèvement.» Les pourvoiries de l’île se sont justement dotées de machinerie qui permet de réaliser de tels aménagements forestiers.

Cette étude pourrait avoir des retombées au-delà de l'île d'Anticosti. «Les populations de grands herbivores sont en surabondance dans plusieurs régions d'Amérique du Nord et du nord-ouest de l’Europe», souligne François Lebel. La réduction du nombre de prédateurs naturels, la réglementation plus stricte de la chasse, la modification de l’habitat et les hivers moins rigoureux seraient les principaux facteurs contribuant à ce phénomène.
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Quand on sait que les chasseurs tuent en milieu dégagé, on peut aménager le territoire pour augmenter le prélèvement.
Photo: François Lebel

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