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Volume 48, numéro 2014 février 2013

Pour l'amour du français

Un prix international d'enseignement vient couronner l'aventure du professeur Warwick Vincent avec la langue de chez nous
Le 21 février, Warwick Vincent a un rendez-vous à la Nouvelle-Orléans qu'il ne voudrait manquer pour rien au monde. Cette rencontre viendra sceller l'aventure quasi amoureuse qu'il entretient depuis plus de 20 ans avec la langue française et le Québec. Le professeur du Département de biologie et directeur scientifique du Centre d'études nordiques recevra alors le prix Ramón-Margalef, décerné par l'Association for the Sciences of Limnology and Oceanography. Ce prix international souligne l'apport d'un professeur ayant atteint les plus hauts standards dans l'enseignement de ces disciplines.

«C'est un honneur qui me touche beaucoup, dit-il. D'abord, parce que la presque totalité de mes activités d'enseignement se déroule en français, une langue que j'ai apprise après mon arrivée à l'Université Laval il y a 22 ans. Ensuite parce que Ramón Margalef, que j'ai rencontré lorsque j'étais étudiant au doctorat, a été un grand écologiste, un grand pédagogue et un modèle pour moi. Mais surtout parce que ma candidature a été soumise par 32 étudiants à qui j'ai enseigné au fil des ans.»

Côté enseignement en français, le professeur Vincent est parti de loin, au propre comme au figuré. «Je suis originaire de Nouvelle-Zélande. Après un doctorat en Californie, je suis retourné là-bas où j'ai occupé un poste dans un institut de recherche pendant 10 ans. Un jour, j'ai vu dans Nature que l'Université Laval était à la recherche d'un professeur de limnologie. Je savais que cette université était située dans une province francophone du Canada et qu'on y faisait de la recherche nordique intéressante, mais c'était tout.»

L'idée de devoir apprendre une autre langue et de consacrer une partie de son temps à l'enseignement ne le fait pas reculer. Il traverse donc la moitié du globe pour tenter sa chance. «Je suis tombé en amour avec la ville de Québec (les responsables du concours avaient eu l'heureuse idée de l'inviter en juin). L'entrevue s'est déroulée en anglais, mais on m'a bien fait comprendre que le candidat retenu allait devoir enseigner en français.»

Il obtient le poste et, à l'automne 1990, il déménage sa famille et ses pénates à Québec avec pour tout bagage dans la langue locale un petit cours qui datait de l'école secondaire. La marche est haute. Il doit non seulement monter son laboratoire, obtenir des subventions et préparer ses premiers cours comme le font tous les nouveaux professeurs, mais il doit aussi apprendre le français. Et il ne dispose que de 10 mois pour y arriver. «J'ai appris la langue avec une certaine pression», dit-il avec son flegme caractéristique.

Il s'inscrit à des cours offerts à l'École de langues et au Quebec High School et il engage un tuteur qu'il rencontre trois heures chaque semaine. «Tout ça m'a sûrement aidé, mais l'immersion totale à Québec est ce qui a été le plus profitable. Il faut pratiquer, pratiquer et pratiquer. Il faut se placer dans des situations où l'on doit parler français. Enfin, il faut accepter de faire des erreurs. C'est la seule façon d'apprendre. Si l'on attend de maîtriser une langue à la perfection avant d'ouvrir la bouche, on ne parlera jamais.»

Sa première prestation en français a lieu pendant l'été 1991 lors d'un stage d'écologie continentale pratique au lac Trois-Saumons. «Le cadre était moins officiel qu'en classe, mais j'ai tout de même trouvé l'expérience difficile. Il faut du courage pour se présenter devant une trentaine d'étudiants et leur donner un cours dans une langue autre que la sienne.»

Son véritable baptême du feu survient quelques semaines plus tard. « J'étais en train de me préparer dans mon bureau et j'étais un peu stressé quand une étudiante, qui n'était pas dans la liste des inscrits, est venue me voir pour me demander si elle pouvait assister au cours. Je l'ai remerciée et je lui ai répondu que ce n'était pas nécessaire, que j'allais y arriver seul. Ce n'est que plus tard que j'ai compris qu'elle ne m'offrait pas son aide pour donner le cours! »

Chaque année depuis, il enseigne la limnologie au premier cycle et aux cycles supérieurs, en plus des séminaires de maîtrise et de doctorat. Le stress du débutant est loin derrière lui maintenant, mais la passion d'enseigner est demeurée entière. Ses étudiants l'ont choisi à trois reprises parmi les professeurs étoiles de la Faculté des sciences et de génie, une reconnaissance attribuée aux enseignants qui obtiennent une note de 90% ou plus dans l'évaluation de leurs cours.

Sa connaissance du français lui a ouvert de nouveaux horizons sur sa propre discipline. Ainsi, ses recherches de matériel pédagogique l'ont amené à découvrir l'œuvre du fondateur de la limnologie, le Suisse francophone François-Alphonse Forel. En 2011, il écrit au Musée du Léman dans l'espoir de pouvoir consulter les articles originaux du père de «l'océanographie des lacs» qui y sont conservés. C'est ainsi qu'il entre en contact avec la petite-fille et l'arrière-petit-fils du scientifique qui venaient tout juste de découvrir, dans le grenier de la maison familiale, un manuscrit inédit dans lequel leur ancêtre relatait sa carrière et ses découvertes. «Je les ai rencontrés en Suisse en janvier 2012 lors d'une conférence que j'ai prononcée sur l'œuvre de Forel et je les ai encouragés à publier le manuscrit oublié. De fil en aiguille, j'ai été invité à rédiger, avec la directrice du Musée du Léman, la section du livre consacrée à la biographie du grand limnologiste. L'ouvrage Forel et le Léman: aux sources de la limnologie est paru en décembre dernier, 100 ans exactement après sa mort. »

Il y aura bientôt 23 ans que le professeur Vincent a adopté le Québec. Il reçoit régulièrement des offres d'universités anglophones du Canada et de l'étranger qui aimeraient bien compter un scientifique de son calibre dans leurs rangs. Jusqu'à présent, il a résisté à la tentation. «J'aime la ville de Québec, je suis bien établi ici et le Centre d'études nordiques est bien positionné dans les réseaux internationaux de la recherche nordique. En plus, j'adore le français et sa musicalité. À un point tel que lorsque je vais à l'étranger et que je parle anglais pendant plusieurs jours, le français me manque.»
Photo
Warwick Vincent devant le Centre scientifique communautaire du Centre d'études nordiques, à l'embouchure de la Grande rivière de la Baleine. Ce centre inauguré en juin dernier offre des activités de sensibilisation scientifique à la population locale, notamment des ateliers pédagogiques destinés aux jeunes Cris et Inuits.
Photo: Najat Bhiry CEN/ArcticNet

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