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Volume 47, numéro 1122 novembre 2012

Protéger l'enfant, c'est préserver l'adulte

Des chercheurs publient une synthèse des dommages causés par les difficultés vécues en bas âge
«Tout se joue avant six ans», affirmait le psychologue américain Fitzhugh Dodson dans son célèbre ouvrage de psycho-pop. Quarante ans plus tard, voilà que son message reprend une nouvelle actualité. À la demande de la Société royale du Canada, des chercheurs en psychologie, service social et génétique ont produit un rapport touffu sur la façon dont la période de la petite enfance influence le développement. Michel Boivin, qui dirige la Chaire de recherche du Canada sur le développement de l’enfant à l’École de psychologie, cosigne la synthèse récemment publiée.

Ce que les chercheurs ont constaté, c’est que de nombreuses études démontrent l’effet dévastateur des expériences défavorables vécues à un âge tendre. Les plus récentes découvertes en neurosciences le confirment: le cerveau d’un enfant subit des atteintes importantes lorsqu’il est confronté très tôt à de hautes doses de stress ou à la maltraitance. Les centres cérébraux reliés aux émotions, à l’attention ou à la maîtrise de soi peuvent ainsi être endommagés. Cela peut miner la santé mentale et même physique des futurs adultes.

«J’ai été surpris par le rôle important que joue le stress, notamment avec l’hormone cortisol, comme perturbateur dans le développement du cerveau, remarque Michel Boivin. Il y a actuellement une explosion dans la recherche sur les liens entre les gènes et l’environnement, sur la façon dont certaines prédispositions génétiques sont exacerbées ou au contraire mitigées par tout ce qui entoure l’enfant.»

Au premier chef de ces facteurs qui empêchent les petits de bien se développer il y a bien sûr les mauvais traitements, le manque de soins et de stimulations, mais aussi la pauvreté. Le fait de vivre dans une famille où les difficultés matérielles rendent la vie stressante constitue un risque important de maltraitance. Tous ces événements négatifs affectent le système de réponse de l’enfant au stress. Selon les études compilées par les chercheurs, ces mécanismes d’adversité vécus par l’humain à l’aube de sa vie «se glissent sous sa peau et influent sur sa biologie.» Au point que le futur adolescent va peut-être devenir accro aux drogues, développer des maladies cardio-vasculaires ou faire preuve de lacunes parentales qu’il transmettra à son tour.

En plongeant dans les études longitudinales, qui permettent désormais de suivre le sort de milliers d’individus sur 15 ans ou plus, les chercheurs ont pris la mesure de la complexité des données à prendre en compte pour considérer le risque encouru par un enfant confronté à un mode de vie difficile. Le bagage génétique d’un individu peut le rendre plus perméable à l’influence de certains événements. Cependant, avec les progrès de l’épigénétique, on constate aussi que certains gènes entrent en action ou non en fonction de stimuli extérieurs.

«Des études menées à McGill chez les rats montrent que des ratons qui manquent de toilettage ont une tolérance au stress beaucoup moins élevé que ceux dont la mère prend plus soin, précise Michel Boivin. Maintenant, comment peut-on appliquer ces découvertes aux humains afin de comprendre les effets sur les gènes que procurent les soins aux bébés?»

Une grande partie du rapport traite en effet de la façon dont il faudrait intervenir pour aider les enfants à risque à passer le cap fatidique de la petite enfance. Par solidarité, mais aussi parce que cela constitue un investissement payant. Des petits épanouis tomberont moins souvent malades par la suite et seront moins sujets à des problèmes de santé mentale, lourds à gérer pour le système de santé.

Alors, qu’est-ce qui fonctionne le mieux? «De façon générale, on constate que les meilleurs programmes d’intervention sont ceux qui mettent l’accent sur la période de la petite enfance de façon intensive», écrivent les chercheurs dans leur rapport.

L’un de ces programmes a particulièrement retenu l’attention de Michel Boivin. Il s’agit du Partenariat infirmières familles, qui est implanté depuis l’an dernier dans 32 États américains. «Il a inspiré certains programme périnataux au Québec et ailleurs, explique le professeur. Des infirmières se rendent régulièrement au domicile de femmes à risque avant et après l’accouchement pour s’occuper de leur santé et les soutenir.» Le taux de maltraitance des jeunes enfants baisse de façon importante dans les groupes de mères ainsi épaulées, en partie parce que la formation des infirmières leur permet de pratiquer une intervention globale qui vise toute la famille.

Le psychologue et les chercheurs associés à cette vaste synthèse espèrent qu’à l’avenir les études sur la petite enfance conjugueront encore davantage de disciplines pour saisir le problème dans toute sa complexité. C’est crucial, car l’intervention publique, que ce soit avec la mise en place de garderies ou de programmes bien ciblés, fait aussi une différence.
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