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Volume 47, numéro 1122 novembre 2012

Le quotidien d'un député

Une étude montre à quel point le travail du député québécois dans sa circonscription a évolué depuis les années 1960
Une majorité de députés québécois, qu’ils siègent à Québec ou à Ottawa, se voient d’abord comme des défenseurs des intérêts de leurs électeurs, bien avant leur rôle de législateur et de contrôleur de l’activité gouvernementale. Ces élus consacrent plus de 20 heures par semaine en moyenne à leurs commettants. Les hommes se perçoivent davantage comme des agents de développement local. Leurs collègues féminines, elles, se voient plutôt comme des travailleuses sociales.

Ce sont là quelques-uns des faits saillants d’une étude récente réalisée par le chargé de cours Éric Montigny, du Département de science politique. Ce dernier occupe également le poste d’adjoint au titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires.

«Les hommes et les femmes députés ont tendance à concevoir leur rôle différemment en circonscription, explique-t-il. Ils gèrent tous des cas problématiques et rencontrent les intervenants du milieu. Ils participent également à des activités partisanes et de représentation. Mais en comparaison, les femmes font moins de représentation et beaucoup plus d’aide et de soutien, aux individus comme aux municipalités, dans des dossiers relatifs au gouvernement.»

Le chercheur, assisté de l’étudiante et auxiliaire de recherche Rébecca Morency, a effectué sa collecte de données à l’hiver 2011. Un questionnaire a été envoyé par la poste à 124 députés de l’Assemblée nationale du Québec et à 75 élus de la Chambre des communes du Canada. Près de 45% ont retourné un questionnaire rempli, soit 58 députés provinciaux et 31 députés fédéraux.

Des changements importants se sont produits depuis les années 1960 dans les demandes des citoyens. «L’étude du chercheur André Gélinas parue en 1969 révèle que les électeurs s’adressaient aux parlementaires en premier lieu pour obtenir des biens et des services, indique Éric Montigny. Aujourd’hui, c’est d’abord pour obtenir des informations ou pour corriger une erreur administrative. Il s’agit de soutien technique. À l’époque, dans bien des cas, l’électeur sollicitait un emploi dans la fonction publique. Depuis ce temps, la fonction publique s’est dépolitisée et professionnalisée au point où ce type de demande a disparu.»

Le chercheur a également constaté que les bureaux de circonscription accueillent en moyenne moins de citoyens qu’il y a une quarantaine d’années. Ils reçoivent aussi moins de lettres et moins d’appels téléphoniques. «Le courriel est très populaire et sa popularité se fait au détriment du courrier postal, du déplacement en personne et même du téléphone, souligne-t-il. En 2011, chaque député a reçu en moyenne chaque semaine une cinquantaine de courriels à son bureau de circonscription.» Selon lui, la baisse de l’achalandage pourrait s’expliquer notamment par le fait que les citoyens s’adressent de plus en plus directement à l’administration publique.

De nos jours, l’élu de l’Assemblée nationale, qu’il soit dans l’opposition ou dans le parti qui forme le gouvernement, dispose d’un budget pour engager du personnel politique à temps plein, notamment pour son bureau de circonscription. «Ces employés, explique Éric Montigny, réglaient la majorité des dossiers pour 60% des répondants à notre enquête. À la fin des années 1960, les députés de l’Assemblée nationale ne disposaient d’aucun budget pour leur bureau de circonscription.»

Dans son enquête, le chercheur a voulu savoir si les élus souhaitaient rester longtemps en politique. Sur 89 députés, un peu plus de la moitié, à Ottawa comme à Québec, ont donné une réponse positive. «À ma grande surprise, indique Éric Montigny, une majorité de femmes ont déclaré vouloir faire carrière en ce domaine. Les femmes qui font le saut en politique sont moins nombreuses que les hommes. Celles qui le font sont probablement plus résolues d’y rester.»

Presque la moitié des députés de l’Assemblée nationale dont la circonscription est située en région consacrent plus de 31 heures chaque semaine à leurs commettants. «La circonscription, pour les députés en région, est souvent un ancrage personnel, dit-il. Plusieurs y sont nés. On y trouve aussi davantage d’organismes et de chambres de commerce, donc plus d’occasions de contacts.»
Photo
Yves Bolduc, député libéral du comté de Jean-Talon lors de l'inauguration du stade TELUS-Université Laval le 17 janvier 2012.
Photo: Marc Robitaille

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