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Volume 48, numéro 1229 novembre 2012

Redessiner la polyvalente

Des étudiants en architecture et en design urbain proposent des scénarios audacieux pour requalifier les écoles vieillissantes du Québec
S’il y a un constat sur lequel tout le monde s’entend au Québec, c’est sûrement celui de la désuétude des écoles polyvalentes construites dans les années 1960 et 1970. Il y a un an, 24 étudiantes et étudiants des programmes de maîtrise en architecture et en design urbain ont réfléchi à la façon de moderniser ce parc immobilier vieillissant. Ils ont ainsi redessiné les espaces intérieurs et extérieurs de trois écoles secondaires de l’agglomération de Québec. Après une analyse poussée, ils ont formulé des scénarios de requalification qui peuvent être transférables à d’autres polyvalentes.

«Nous avons évalué le cadre bâti d’écoles ouvertes en 1959, 1969 et 1976, explique Laurence Jodoin-Nicole, étudiante à la double maîtrise en architecture et en sciences de l’architecture. La plus ancienne possède une structure pavillonnaire alors que les deux autres sont monolithiques.»

Le 15 novembre à Saint-Sauveur, Laurence Jodoin-Nicole et la professeure Carole Després ont fait une présentation de différents scénarios de requalification devant les membres de l’Association des cadres scolaires du Québec.

«Nos analyses révèlent que la surface construite des trois polyvalentes ne représente que 8% de la superficie totale, et la surface asphaltée 11%. Les trois quarts des terrains sont occupés par des espaces gazonnés et des boisés. À l’intérieur, les salles de cours n’occupent que 20% de l’espace», indique-t-elle.

Les étudiants ont fait des constats assez désolants. Les grandes étendues d’asphalte réservées aux autobus scolaires ne servent qu’une trentaine de minutes le matin et en fin de journée. Les aires de repas sont bondées, très bruyantes et peu éclairées naturellement.

«Avec leurs pupitres en rangée, les classes sont mal adaptées aux nouvelles pédagogies, soutient Laurence Jodoin-Nicole. Les locaux, pour nombre d’entre eux, n’ont pas de fenêtre. Entre les cours, les escaliers sont engorgés. Les corridors sont aveugles ou encombrés et les gymnases, trop petits.»

Les jeunes chercheurs ont mesuré le niveau de décibels, le midi, dans les cafétérias et aires de repas. Il se rapprochait de celui d’une discothèque! Ils ont aussi relevé la température dans les classes, avec ou sans fenêtre, à cinq moments de la journée. Le maximum a été atteint à 14h45 avec près de 24,5 degrés pour les classes sans fenêtre. «Selon des chercheurs, la performance des élèves diminue lorsqu’il fait plus de 22 degrés», indique Laurence Jodoin-Nicole.

L’étape suivante a consisté à rencontrer les architectes qui ont conçu six écoles secondaires récentes. «Il y a des améliorations, explique l’étudiante, mais des problèmes demeurent. Par exemple, on a accordé très peu d’espace aux aires communes.»

Au cours d’une journée de design, les élèves des trois polyvalentes ont fait part de leur vision de leur école, ce qu’ils en pensaient et ce qu’ils aimeraient comme améliorations.

Une fois leur analyse terminée, les étudiants de l’Université se sont installés à leurs planches à dessin. Ils ont notamment « récupéré » les locaux vacants dont disposent les écoles étudiées. «Ce surplus d’espace nous a permis, dans notre scénario, de déplacer des locaux pour réaligner des corridors et leur donner des percées visuelles jusqu’à l’extérieur, précise Laurence Jodoin-Nicole. De plus, le centre des écoles souffre d’une absence de lumière naturelle. Notre solution consiste à percer le plancher. Ouvrir sur deux niveaux permet une entrée de lumière et une meilleure visibilité de l’ensemble.»

Selon l’étudiante, il serait possible de faire passer de 19% à 26% le pourcentage de locaux avec fenêtres. Comment? En occupant des espaces qui bénéficient de lumière naturelle, mais qui servent à des fonctions comme l’entreposage.

Dans le hall d’entrée typique d’une polyvalente, le plafond bas s’appuie sur des colonnes et des luminaires fluorescents éclairent les lieux. Bref, peu d’ambiance. La proposition des étudiants consiste à décloisonner l’escalier afin de le rendre central, à faire une percée sur deux niveaux et à ajouter du mobilier. Résultat: visibilité et orientation augmentées, et davantage de convivialité.

«Dans les aires de repas, nous avons travaillé à offrir divers types de mobilier et à briser la linéarité des tables en rangée, souligne Laurence Jodoin-Nicole. Notre proposition comprend des tables plus intimes de deux ou de quatre places, un comptoir santé et des panneaux acoustiques pour minimiser le bruit.»

Les scénarios prévoient que les plateaux et terrains de sport soient visibles par des fenêtres et qu’ils occupent un grand espace extérieur à l’avant des bâtiments. «Nous avons lu dans la littérature scientifique que le fait de voir des sportifs à l’œuvre encourage et stimule la pratique du sport chez les autres», indique l’étudiante.

On a également innové dans les salles de classe. «Nous proposons de modifier la disposition des tables selon les cours, explique-t-elle. Nous proposons aussi, toujours selon les cours, d’opter pour divers types de mobiliers, comme des tables hautes ou des ballons. Assister debout à un cours favorise une meilleure concentration et entraîne une dépense d’énergie. Même chose si l’on est assis sur un ballon.»

Les étudiants sont convaincus de la pertinence, pour le ministère de l’Éducation, de lancer un programme de modernisation des écoles polyvalentes du Québec. Pour relever le défi du financement, ils suggèrent aux commissions scolaires de vendre des terrains ou de louer des espaces.
Photo
Dans leur scénario relatif au hall d'entrée, Émilie Beaulé, Virginie Poitras, Mélissa Laporte, Karine Spérano et Laurence Jodoin-Nicole proposent de décloisonner l'escalier et de faire une percée sur deux niveaux.

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