Université Laval
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire

recherche

Volume 48, numéro 1724 janvier 2013

La santé en sauce tomate

Une étude lie la consommation de ce fruit à des taux de mercure plus faibles chez les jeunes Inuits
Les Inuits sont placés devant un cruel dilemme lorsqu'ils se mettent à table. Leur alimentation traditionnelle, qui fait une bonne place au béluga, au phoque, à l'omble chevalier et au caribou, leur procure de nombreux bienfaits, mais elle les expose à des doses élevées de mercure. Ce polluant, qui peut perturber le système nerveux et les reins, menace particulièrement les jeunes enfants en plein développement. Heureusement, il y aurait moyen de profiter des avantages de ces aliments tout en s'épargnant leurs méfaits, démontrent des chercheuses du Département des sciences des aliments et de nutrition humaine dans le numéro de janvier de la revue Food and Chemical Toxicology. Ce moyen simple et naturel a pour nom tomate.

Doris Gagné, Julie Lauzière, Rosanne Blanchet, Carole Vézina, Émilie Vaissière, Huguette Turgeon O'Brien et leur collègue de la Faculté de médecine, Pierre Ayotte, ont étudié l'alimentation de 155 enfants d'âge préscolaire du Nunavik. Les chercheurs ont également prélevé un échantillon de sang chez ces sujets afin d'estimer la concentration de mercure à laquelle ils étaient exposés.

Leurs analyses ont révélé la présence de mercure chez 97% des jeunes. Dans 14% des cas, les concentrations mesurées excédaient la norme canadienne. Le taux de mercure augmente en fonction de l'âge de l'enfant, de la durée pendant laquelle il a été allaité et de sa consommation de viande de phoque.

Le mercure consommé par les Inuits provient de la pollution transfrontalière, notamment des émissions des centrales au charbon. Le mercure disséminé dans l'environnement se concentre d’un niveau à l’autre de la chaîne alimentaire marine ou terrestre. La consommation d'animaux comme le phoque et le béluga, qui occupent le sommet de cette chaîne, les expose à des concentrations particulièrement élevées de polluants.

Heureusement, la tomate vient à la rescousse des jeunes Inuits. Les chercheurs ont découvert que chaque consommation de produits à base de tomate dans le mois précédant la prise de sang était associée à une diminution de 4,6% du taux de mercure. «Le mécanisme qui lierait la tomate et le mercure est inconnu, mais nous croyons que certaines molécules contenues dans ce fruit, notamment le lycopène, favoriseraient l'élimination de ce polluant», avance Huguette Turgeon O'Brien.

Les tomates fraîches ou en conserve sont relativement courantes dans l'alimentation des enfants inuits. Soixante-quatre pour cent en consomment au moins une fois par semaine et 87% en consomment au moins une fois par mois. Les adultes ne sont que 54 % à se laisser tenter au moins une fois par mois par la tomate. La différence proviendrait du fait que les enfants ingèrent plus des deux tiers de leur consommation de tomate pendant les repas qu'ils prennent au centre de la petite enfance (CPE). Les menus servis depuis 2006 dans les 16 CPE du Nunavik ont été élaborés par Doris Gagné et Carole Vézina, deux des auteures de l'étude. Ils font une bonne place aux aliments traditionnels inuits, mais également aux fruits et aux légumes.

«À la lumière des résultats de notre étude, nous allons collaborer avec les personnes qui travaillent dans ces CPE pour que les menus comportent davantage de plats à la tomate, souligne Huguette Turgeon O'Brien. Les adultes du Nunavik, de même que toutes les personnes qui mangent beaucoup de poissons contenant du mercure, auraient également intérêt à consommer plus de tomate.»
Photo
Les enfants du Nunavik ingèrent plus des deux tiers de leur consommation de tomate pendant les repas qu'ils prennent au centre de la petite enfance, dont les menus ont été élaborés par les chercheuses en nutrition Doris Gagné et Carole Vézina.
Photo: Audrée Gilbert

commentez

partagez

 
haut
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire
Direction des communications

Questions et commentaires?
Le-Fil@dc.ulaval.ca

© 2012 Université Laval, tous droits réservés
Visitez ulaval.ca