Université Laval
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire

arts

Volume 48, numéro 1015 novembre 2012

Le secoueur de conscience

«La vie tout entière est une contrée étrangère», écrivait Jack Kerouac, qui inspire ces jours-ci un événement multidisciplinaire à Québec
Il est né il y a 90 ans à Lowell, au Massachusetts, de parents francophones. Jean-Louis Kerouac, dit Jack, est devenu le chantre de la beat generation avec des romans-cultes comme Sur la route. Du 21 au 25 novembre, il revient à Québec. Ses mots vont résonner dans la ville, en anglais et en français, accompagnés de sa musique fétiche, le be-bop. Un événement organisé par le Festival de jazz de Québec.

Le chanteur américain Mark Murphy, un improvisateur hors pair, viendra interpréter son album Bop for Kerouac. Le contrebassiste Normand Guilbeault plongera dans la musicalité des textes de l’écrivain en les faisant résonner sur fond de jazz et de swing. Une soirée hommage réunira des chanteurs comme Pierre Flynn, Yann Perreau et Isabelle Blais sur la scène du Capitole. Enfin, des auteurs et chercheurs disséqueront son œuvre littéraire au Musée des beaux-arts du Québec.

Le 22 novembre, Jean-Philippe Marcoux et Benoît Doyon-Gosselin, tous deux professeurs au Département des littératures, vont ainsi échanger leur vision de ce romancier franco-américain avec des auteurs lors d’une table ronde organisée par la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d'expression française en Amérique du Nord.

En 1987, un événement de grande envergure avait eu lieu à Québec autour de l’œuvre de Kerouac. Les gens posaient alors un regard différent sur l’héritage de ce passionné des poètes maudits et de la contre-culture. «À cette époque, on l’utilisait un peu comme un repoussoir, fait remarquer Benoît Doyon-Gosselin. Il avait perdu sa langue et sa culture francophones. Il incarnait une figure pathétique, nostalgique de ce qui pourrait arriver aux Québécois s’ils ne se protégeaient pas.»

Le jeune professeur spécialisé en littérature francophone des Amériques considère Kerouac d’une autre façon. À ses yeux, il constitue une référence pour les auteurs marqués par leur dualité linguistique. Il contribue à légitimer leur identité hybride. Et de citer le poète acadien Gérard Leblanc, ou encore l’Ontarien Patrice Desbiens, dont le récit L’homme invisible, écrit à la fois en anglais et en français, évoque cette impossibilité de se sentir entièrement anglophone ou totalement anglophone.

De Kerouac, Jean-Philippe Marcoux retient surtout l’immense soif de vivre, le goût des grands espaces, la conquête d’une nouvelle frontière pour découvrir une Amérique mythique. Lui qui enseigne On the Road en études anglaises constate que ce récit possède une force qui oblige les étudiants d’aujourd’hui à s’interroger sur leurs valeurs fondamentales, comme l’amitié, et à s’interroger sur l’embourgeoisement et le matérialisme. «À l’époque, Kerouac ne se reconnaissait pas dans l’uniformité du mode de vie des années 1950 ni dans le conservatisme politique. Il se rapprochait de ce que certains considèrent comme des sous-cultures, celles des Mexicains ou des Afro-Américains, pour redécouvrir les racines du rêve américain», explique le professeur.

Le be-bop joue un rôle primordial dans cette quête culturelle. À travers les improvisations de haute volée de Charlie Parker ou de Dizzy Gillespie, Kerouac s’abreuve aux sources de l’histoire des Noirs aux États-Unis. Cette musique entre dans son œuvre. En témoignent sa prose semi-automatique, spontanée comme une impro jazz, son peu de souci de la ponctuation, son désir de rendre la parole immédiate. La richesse de son vocabulaire témoigne de son appartenance à la culture francophone. Le phrasé jazz, lui, ponctue son écriture vive, en constant mouvement, à la découverte de l’autre.
Photo

commentez

partagez

 
haut
Le fil des événements

Le journal de la communauté universitaire
Direction des communications

Questions et commentaires?
Le-Fil@dc.ulaval.ca

© 2012 Université Laval, tous droits réservés
Visitez ulaval.ca