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Volume 48, numéro 1229 novembre 2012

Un sujet chaud

Le film Playa Coloniale montre comment la formule du « tout inclus » dépossède les habitants du Sud de leur territoire 
Chaque hiver, des milliers de Québécois désireux de fuir le froid s’envolent vers l’une des destinations soleil proposées à grand renfort de publicité par les agences de voyages. La plupart du temps, ces vacances sont de type «tout inclus». Trois repas par jour et rien d’autre à faire que de se prélasser au soleil en tournant paresseusement les pages d’un roman: la belle vie! La seule préoccupation du vacancier consiste à décider ce qu’il mangera au buffet du midi ou encore l’heure à laquelle il commandera son premier verre de la journée.

Certaines personnes ne jurent que par ce concept qui, disent-elles, leur permet de décrocher complètement de leur existence de stressées chroniques. Le «tout inclus» devient une drogue dont on ne peut plus se passer, clament-elles, en réclamant leur dose annuelle. Mais derrière cette formule dorée se cache la triste réalité des employés qui s’activent quotidiennement à satisfaire les moindres désirs des vacanciers. C’est cet envers de la médaille qu’ont voulu montrer les réalisateurs Martin Bureau et Luc Renaud dans Playa Coloniale, un documentaire présenté en grande première le 30 novembre au Musée national des beaux-arts du Québec.   

«Si on s’entend pour dire que voyager consiste à découvrir l’autre, le “tout inclus” exclut complètement cette idée de contact, explique Martin  Bureau, étudiant à la maîtrise interdisciplinaire en art à l’École des arts visuels. C’est ce que nous reprochons à ce type de tourisme universel. Il s’agit ni plus ni moins de colonialisme touristique dont on ignore les conséquences sur les communautés locales.»

Aux fins de leur projet, les réalisateurs se sont rendus à quatre reprises dans une destination soleil très populaire, Cuba, dont deux fois dans un «tout inclus». Ils précisent qu’ils auraient pu tout aussi bien se rendre au Mexique ou en République dominicaine. De même, le touriste est interchangeable et pourrait être un Allemand en vacances en Tunisie ou encore un Italien atterrissant en Guadeloupe. La destination importe peu, de même que la nationalité du vacancier. Seule compte la formule qui enferme les vacanciers dans une sorte de prison dorée, souligne Martin Bureau, puisqu’ils ne voient généralement pas grand-chose du pays ni des gens qui l’habitent.

À Cuba, les réalisateurs ont parlé avec le barman, la femme de ménage, le jardinier. Dans un pays communiste où travailler dans le secteur touristique constitue un privilège, les employés doivent être sans tache politiquement parlant et se montrer des amis du gouvernement. «Il ne faut pas se leurrer, dit Martin Bureau. Sur les quelque 1000$ que coûte un “tout inclus”, environ 300$ revient à Cuba, tandis que le reste va dans les poches de la compagnie d’aviation et du grossiste ayant vendu le voyage. Les gens peuvent se donner bonne conscience en se disant qu’ils aident des personnes pauvres à améliorer leur sort, mais il s’agit là d’une illusion.»

Le pire est qu’en envahissant les plages du Sud, les touristes déposséderaient les autochtones de leur espace vital, avancent les réalisateurs de Playa Coloniale. La plage de Varadero, à Cuba, est ainsi réservée aux touristes, les Cubains n’ayant pas accès aux lieux. «C’est triste, c’est même pathétique», dit Martin Bureau, qui ajoute avoir vu des choses qui lui ont fait monter les larmes aux yeux.

Martin Bureau et Luc Renaud n’en sont pas à leurs premières armes cinématographiques. En 2009, ils ont tourné Une tente sur Mars, qui a décroché une nomination aux Jutras 2010 dans la catégorie du documentaire de l’année. Le thème de ce film touche également à la dépossession du territoire, à la seule différence que le drame se déroule non pas dans les Antilles, mais dans le Nord québécois. À la clé, toujours la même préoccupation: comment disposer de son territoire quand d’autres prétendent le posséder? 

Vendredi 30 novembre à 17h. Le film sera suivi d’une discussion avec les réalisateurs. Coût: 10$. Réservation requise au 418 643-2150.  
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