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Volume 48, numéro 1621 juin 2012

Le terrorisme persiste

Les attentats du 11 septembre 2001 ont entraîné le monde dans une guerre complexe qui n’a pas de fin prévisible
Depuis quelques jours, l’armée française mène une opération militaire d’envergure au Mali contre des groupes armés islamistes qui occupent une partie de ce pays d’Afrique subsaharienne. Ces événements nous rappellent que de tels groupes, notamment Al-Qaïda, représentent toujours une menace pour les États, et ce, en dépit de la lutte implacable qui leur est faite depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

«Al-Qaïda est parvenue à diffuser mondialement son message, explique la professeure Aurélie Campana, du Département de science politique. Malgré qu’elle soit très affaiblie aujourd’hui, et en dépit du fait que plusieurs organisations terroristes et insurgées aient récupéré le label Al-Qaïda, cette organisation continue à incarner la menace terroriste islamiste.»

Le conflit malien se déroule au moment même où la Société Radio-Canada diffuse une télésérie documentaire sur le thème de la guerre au terrorisme. Cette guerre fut déclenchée par les États-Unis quelques jours après le 11-Septembre. Coproduite avec la Canadian Broadcasting Corporation, la série de deux émissions Amour, haine et propagande: la guerre au terrorisme est présentée les vendredis 11 et 18 janvier à 21h (et rediffusée en ligne). Douze experts universitaires, dont Aurélie Campana, interviennent avec de brefs commentaires.

Cette spécialiste des nationalismes, des conflits identitaires et du terrorisme a participé à l’enregistrement des émissions en avril 2012 à Toronto. Sur le plateau, Aurélie Campana a répondu à des questions sur le rôle de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira comme caisse de résonance de certains discours du chef d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden. Elle a expliqué le parcours de Mohammed Atta, considéré comme le leader du groupe qui a commis les attentats du 11 septembre 2001. Elle s’est aussi prononcée sur les mauvais traitements infligés à des prisonniers irakiens, à la prison d’Abou Ghraib, par des soldats américains.

«On m’a posé des questions sur la manière dont Al-Qaïda avait utilisé Internet, poursuit-elle. Le Web a permis de coordonner certaines attaques, notamment celles du 11-Septembre, par l’utilisation de courriels et de sites codés.» Selon elle, des groupes terroristes ont pu diffuser des messages à grande échelle grâce à Internet. «Ils ont rejoint des sympathisants partout dans le monde en un temps record», dit-elle.

Les concepteurs de la télésérie situent l’origine de la guerre au terrorisme à 1991. Cette année-là, la guerre du golfe Persique voit une coalition internationale menée par les États-Unis repousser une armée irakienne d’occupation en dehors du Koweït. Après le conflit, l’Arabie saoudite autorise des troupes américaines à demeurer sur son sol dans le but d’assurer la stabilité de la région. Cette présence occidentale sur la terre sacrée de l’islam provoque la colère dans le monde musulman. En 1993, un premier attentat a lieu contre le World Trade Center de New York.

Selon le professeur Jonathan Paquin, du Département de science politique, l’invasion de l’Irak, en 2003, a donné lieu à de très bons coups de propagande de la part des Américains dans leur guerre au terrorisme. «Le coup sans doute le plus important, soutient-il, est la décision de l’administration Bush de justifier une intervention armée en Irak. Le prétexte était que ce pays possédait des armes de destruction massive qui laissaient planer une menace terroriste sur le monde.»

Au Conseil de sécurité de l’ONU, le chef d’état-major Colin Powell a déclaré que Saddam Hussein avait de telles armes, et qu’il fallait intervenir avant qu’il ne les utilise contre les États-Unis et leurs alliés. «Sur place, poursuit-il, les Américains ont compris qu’il n’y avait pas de telles armes. À ce jour, on ne sait toujours pas si le président Bush était réellement convaincu de leur existence avant d’aller en guerre.»

Ce spécialiste de la politique étrangère des États-Unis et du Canada a aussi donné son point de vue sur le déboulonnement de la statue de Saddam Hussein à Bagdad après la prise de la ville. «La propagande américaine, explique Jonathan Paquin, a voulu associer la chute de cette immense statue à la chute du mur de Berlin en 1989. On a voulu établir un parallèle entre la libération des peuples d’Europe de l’Est de la mainmise soviétique et la libération de l’Irak de son dictateur.»

Selon lui, la guerre au terrorisme n’a pas fait de gagnants. «Il s’agit d’une guerre complexe, psychologique, qui n’a pas de finalité dans le temps, soutient-il. Si je pose la question à un membre du Congrès américain, il va sans doute répondre que les États-Unis ont gagné cette guerre jusqu’à maintenant parce qu’on a réussi à prévenir d’autres attentats en sol américain. Mais si, demain, il y avait un attentat?»

Pour visionner la télésérie Amour, haine et propagande: la guerre au terrorisme : www.radio-canada.ca/television/amourhainepropagande3/
Photo
Le 11 septembre 2001, 19 membres du réseau djihadiste islamiste Al-Qaïda mènent quatre attentats-suicides le même jour aux États-Unis. Deux avions de ligne sont détournés sur les tours jumelles du World Trade Center de New York. Dès octobre, le gouvernement américain lance la guerre contre le terrorisme.
Photo: Det. Greg Semendiger, NYC Police Aviation Unit

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