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Volume 48, numéro 1921 juin 2012

Théâtre et robotique: ennemis ou alliés?

Si les nouvelles technologies nuisent parfois à la communication entre l’artiste et son public, elles sont essentielles pour développer les arts de la scène
Dans Les bijoux de la Castafiore, cet album d’Hergé paru en 1963 dans la série des aventures de Tintin, la communication entre les personnes connaît toutes sortes de ratés. Les images diffusées par l’appareil de télévision en couleur conçu par le professeur Tournesol, le Supercolor-Tryphonar, sont tellement embrouillées que les téléspectateurs sont agités de tremblements après avoir tenté de suivre un reportage. Pas mieux lorsque l’équipe de tournage filmant un récital de la Castafiore au château de Moulinsart se trouve plongée dans le noir à la suite d’une panne d’électricité.

Alors qu’elles devraient faciliter la communication entre les personnes, les nouveautés technologiques manquent parfois leur but, peinant en quelque sorte à faire émerger le langage. «Il peut arriver que les nouvelles technologies nous éloignent les uns des autres», dit Jocelyn Robert, qui aime bien utiliser cet exemple tiré des aventures du célèbre jeune reporter.

Professeur à l’École des arts visuels, Jocelyn Robert était l’un des conférenciers à une table ronde organisée par la Chaire publique ÆLIÉS sur la question des arts et des nouvelles technologies. La rencontre était le point d’orgue de la journée portes ouvertes tenue par le Laboratoire des nouvelles technologies de l’image, du son et de la scène (LANTISS) dans ses locaux du pavillon Louis-Jacques-Casault.

Cette idée que les nouvelles technologies peuvent parfois nuire à la communication a été reprise par Robert Faguy, professeur de théâtre au Département des littératures et cofondateur du laboratoire. «Dans de très grandes salles, à cause de l’éclairage et de la sonorisation, il y a des spectacles où les artistes ne voient pas et n’entendent pas la foule, déplore-t-il. Je pense aussi à des concerts où l’artiste est si loin sur scène que le spectateur doit se concentrer sur la vidéo en haute définition. La qualité de la communication entre les deux parties est moins bonne.»

Et pourtant, le LANTISS est l’endroit où vont les créateurs pour explorer les possibilités offertes par des équipements sophistiqués: systèmes de captation et de traitement vidéo, de spatialisation sonore et visuelle, de contrôle des mécaniques de scène, d'application en robotique, de poursuite d'éclairage et de projection vidéo guidés par télédétection.

«C’est un lieu d'expérimentation où plusieurs artistes viennent se casser la gueule et dont les projets ne débouchent pas nécessairement sur la production et la diffusion», résume Robert Faguy. Si le grand studio accueille le public lors des phases finales d'expérimentation, trois studios de moindre envergure abritent les recherches sur les interfaces de contrôle, de robotique et de vision optique. Des espaces polyvalents avec postes informatiques permettent aux chercheurs de travailler sur les problématiques numériques. Tous ces lieux peuvent être reliés par télématique avec les studios de partenaires.

Depuis sa création, en 2005, ce laboratoire a accueilli plusieurs projets avant-gardistes, dont le fameux castelet électronique. Unique en son genre, cette maquette reproduit un espace scénique à l’échelle d’un dixième, avec plancher robotisé, éclairage motorisé, interface logicielle, communication réseau, etc. La surface de la scène bouge, ondule et se réorganise sous les yeux du spectateur, au gré de la mise en scène adoptée. Toutes les opérations s’effectuent à distance. 

Loin de fonctionner en vase clos, le castelet électronique a comme partenaires scientifiques le Laboratoire de robotique, le Laboratoire de vision numérique ainsi que le Centre d’optique, photonique et laser. Côté artistique, les collaborateurs proviennent de l’atelier de recherche théâtrale de la Faculté des lettres, de la compagnie Ex Machina et du centre d’artistes Avatar. Un véritable projet multidisciplinaire! 
Photo
Le voyage de Tchekhov à Sakhaline est actuellement présenté au théâtre Premier Acte sur le castelet électronique du LANTISS.
Photo: Gabriel Talbot Lachance

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