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3 questions à

Volume 48, numéro 1413 décembre 2012

Trois questions à

Robert Mager sur la soi-disant fin du monde selon les Mayas
Si un extra-terrestre découvrait un calendrier terrien ces jours-ci, il verrait qu’aucune date ne figure après le 31 décembre. Aux yeux de Robert Mager, professeur à la Faculté de théologie et des sciences religieuses, cette situation ressemble beaucoup à celle du calendrier maya qui se termine le 21 décembre 2012. Voici comment une découverte archéologique a canalisé la crainte ancestrale de la fin du monde.

Quels sont les éléments communs aux différents épisodes de fin du monde qui traversent l’histoire?

Il s’agit d’un mélange de plusieurs choses. D’abord, une angoisse profonde par rapport à l’évolution du monde présent, mais aussi le désir de savoir ce qui va se passer, auquel s’ajoute un imaginaire de fin des temps très profondément ancré dans notre civilisation judéo-chrétienne. Cela s’amorce dans les derniers livres de l’Ancien Testament, ceux de Daniel et des Macchabées. À cette époque, deux siècles avant Jésus-Christ environ, les Juifs subissent d’intenses persécutions. Dans ce monde qui va mal, ils nourrissent l’espoir qu’une intervention divine va renverser l’ordre du monde et rétablir la justice. Pendant environ trois siècles, la littérature apocalyptique foisonne et décrit de toutes sortes de façons ce que serait cette intervention divine. Cela prend parfois des tournures dramatiques, dont le plus bel exemple est le livre de l’Apocalypse. Le thème de la restauration de la justice domine dans la description de la fin du monde qui ouvre sur un monde nouveau. Cet imaginaire se développe au fil de l’histoire pour être utilisé à de nombreuses fins, notamment pour essayer de prédire quand la dernière heure pourrait se produire. Le passage de l’an 1000, au Moyen-âge, a constitué un moment fort. Plus tard, la littérature ésotérique comme Nostradamus reprend ce thème, car elle est toujours à la recherche d’une vérité enfouie, secrète, détenue par des peuples anciens.

Cette idée de fin du monde vieille de 2000 ans semble très contemporaine dans notre coin du monde...

Elle génère beaucoup de scénarios de film de cataclysme et de fin du monde. C’est le produit d’un imaginaire inquiet, angoissé par l’évolution du monde présent. Cela correspond à une idée très occidentale: une conception du temps linéaire. Dans beaucoup d’autres civilisations, le temps est cyclique, conçu autour de la boucle, du recommencement. Dans le schème de réincarnation par cycle des hindouistes, par exemple, la vie de chacun se termine pour démarrer sous une autre forme. Il n’existe donc pas d’idée d’une fin, d’un précipice au bout du chemin, comme en Occident. Dans l’islam, une religion fondée plus tard que le christianisme, la conception de l’au-delà est déjà en place, mais il existe aussi une croyance dans le Jour dernier. Pour les églises chrétiennes, l’idée d’une fin des temps reste très présente. Le Christ revient pour rétablir la justice, même si l’au-delà fait aussi partie du discours de cette religion. On reste donc dans une conception du temps très linéaire, avec un avenir plein d’inconnu devant nous.

Qu'est-ce qui distingue cette fin du monde début 21e siècle des autres versions qui l’ont précédée?

La fin du monde est maintenant désacralisée. Il s’est produit quelque chose à partir de la guerre froide et de la menace nucléaire qui a matérialisé la possibilité de faire sauter la planète et détruire les conditions de vie des humains. On est entré dans une phase nouvelle. L’avenir n’est plus seulement quelque chose dont on peut s’accommoder; il est devenu menaçant. À la menace nucléaire a succédé la menace écologique. L’avenir de l’humanité semble remis en question, particulièrement au moment où l’idée d’un Dieu bienveillant qui va prévenir ce type de catastrophe perd du terrain en Occident. Les scénarios de fin du monde deviennent de plus en plus tragiques. Ils fonctionnent tout seuls, sans action divine de restauration de la justice. Cela devient une pure catastrophe, dépourvue d’éléments positifs. Je pense qu’il y a un lien avec la technologie et la figure de l’apprenti sorcier. La sagesse et le bon sens sont-ils à la hauteur de nos possibilités techniques? Il y a déjà quelques décennies, la philosophe allemande Hannah Arendt s’inquiétait que la capacité d’agir de l’humanité se développe beaucoup plus rapidement que sa sagesse…
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Robert Mager, professeur à la Faculté de théologie et des sciences religieuses

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