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3 questions à

Volume 48, numéro 1617 janvier 2013

Trois questions à

Marc St-Hilaire sur les coupes fédérales en recherche
De nombreuses voix s’élèvent au sein de la communauté scientifique pour dénoncer les coupes dans le budget fédéral alloué à la recherche publique canadienne. Statistique Canada, le ministère des Pêches et Océans ainsi que l’Agence canadienne d’inspection des aliments ont déjà perdu des chercheurs. Un exemple parmi tant d’autres: la remise en question du recensement tel qu’il existe au Canada depuis le 17e siècle. Le géographe Marc St-Hilaire donne son opinion. 

Quel effet a pu avoir la suppression de la version détaillée du questionnaire de recensement en 2011?

C’est un capital de savoir que les conservateurs ont jeté par-dessus bord. Les municipalités de moins de 2000 personnes, en particulier, sont confrontées à des problèmes de fiabilité de données. Par exemple, la moitié des sept variables permettant de définir l’indicateur de dévitalisation a disparu avec la suppression du questionnaire long du recensement, maintenant remplacé par l’enquête nationale sur les ménages. Cela fausse les actions du gouvernement provincial en l’empêchant de savoir notamment où implanter des logements sociaux. Les Agences de la santé et des services sociaux ne peuvent plus utiliser les recensements pour évaluer l’efficacité de leurs programmes d’intervention et dresser le portrait de la santé à l’échelle locale. Cela a aussi des conséquences pour un commerçant qui souhaite s’implanter dans un quartier, car il lui faut connaître la population autour. Ou encore pour le ministère de l’Éducation, qui utilise les portraits de secteurs pour savoir si une école a besoin de soutien supplémentaire. Si ce type de recensement «allégé» est maintenu en 2016, l’incertitude sur la fiabilité des données va encore s’accentuer car, actuellement, on peut encore vérifier les informations de 2011 avec celles de 2006.

Qu’est-ce qui distingue les coupes dans le secteur de la recherche publique de celles effectuées par d’autres gouvernements dans le passé?

Les libéraux sous Paul Martin avaient gelé des budgets d’organismes subventionnaires et limité l’embauche dans certains services de recherche. Ils n’avaient pas sabré autant cependant. On ne connaît d’ailleurs toujours pas précisément le plan de réduction des effectifs fédéraux lancé l’an dernier pour diminuer le déficit. D’autres chercheurs pourraient encore perdre leur emploi. On est en train de créer une grande noirceur, un trou dans les connaissances accessibles à la population. Si l’on dispose de moins d’informations fondées et validées sur un phénomène, l’opinion de n’importe qui devient presque aussi valable que des conclusions s’appuyant sur des faits. D’autant plus que les chercheurs dans les organismes publics n’ont plus le droit de rendre compte de leurs résultats à la population en général. Ils servent à quoi, ces scientifiques, si leur recherche ne peut plus servir à informer les divers ministères et organismes pour orienter leurs décisions politiques? Plusieurs vont sans doute démissionner, notamment au sein de la Commission géologique du Canada, s’ils doivent se plier à un processus très lourd avant de répondre à un journaliste. Les chercheurs universitaires ou du secteur privé vont de moins en moins percevoir leurs collègues du fédéral comme des collaborateurs efficients s’ils ne peuvent plus diffuser leurs résultats.

Quels buts poursuit le gouvernement fédéral?

Depuis son arrivée au pouvoir, il y a presque sept ans, le gouvernement conservateur travaille pour certaines grappes industrielles et financières, principalement les secteurs énergétiques et les ressources naturelles. Il tente donc d’abolir des éléments de contrôle qui iraient à l’encontre du développement économique effréné que connaissent actuellement les sables bitumineux ou la pêche. En 1992, les libéraux avaient instauré un moratoire sur la pêche aux poissons de fond, dont la morue, car la ressource s’épuisait. Depuis cinq ou six ans, les études sur l’état des stocks sont de moins en moins nombreuses, et on ignore combien il y a de poissons dans les zones de pêche des Maritimes. La Société royale du Canada s’est d’ailleurs inquiétée récemment de la disparition de certaines espèces. Au nom de l’emploi, on mise donc tout sur le développement économique. Du côté des ressources naturelles, on veut fournir de bons rendements aux actionnaires des pétrolières et des minières, quitte à peu se préoccuper des conséquences de cette exploitation pour le futur. Visiblement, les conservateurs ne gouvernent pas pour l’ensemble de la population.
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Marc Saint-Hilaire, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique

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