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3 questions à

Volume 48, numéro 197 février 2013

Trois questions à

Georges Beaudoin sur les grands espoirs des sociétés minières au Québec
Selon des données du Conference Board of Canada, organisme de recherche à but non lucratif, le rendement du secteur minier devrait doubler d’ici 2020, en particulier dans le nord du pays. Pourtant, plusieurs entreprises minières ont récemment essuyé des pertes de revenus et ralenti leurs projets d’expansion. Faut-il s’en inquiéter? Georges Beaudoin, titulaire de la Chaire de recherche en exploration minérale et professeur au Département de géologie et de génie géologique, reste optimiste sur la rentabilité de ce secteur.

Le secteur minier est-il en croissance ou en décroissance au Québec? 

Les compagnies aurifères se portent bien, car le prix de l’or reste élevé. La demande pour ce minerai reste plus importante que la capacité des entreprises à découvrir et à exploiter de nouvelles ressources. La même tendance à long terme s’observe pour d’autres métaux comme le cuivre, par exemple. Certaines prévisions laissent entendre que la consommation mondiale des 25 prochaines années va dépasser toute la production depuis le début du 20e siècle. Ce minerai permet la fabrication des filages électriques. Avec le fer et le nickel, le cuivre se trouve à la base de l’économie. Du coup, ces minerais sont sensibles aux variations économiques. Dès que la consommation mondiale de marchandises baisse, comme c’est le cas actuellement en Chine, la demande pour ce type de ressources baisse aussi, ainsi que l’intérêt des investisseurs. C’est plus difficile alors pour les jeunes compagnies de se financer. À cela s’ajoute une incertitude politique dans le Nord du Québec. Pour l’instant, les entreprises, qui doivent investir des milliards de dollars pour creuser une mine qui sera exploitée pendant 20 ou 30 ans, ne savent pas quelle va être la réglementation sur les redevances. Cela crée une incertitude qui rend le projet plus risqué.

Selon certains économistes, le prix du fer aurait atteint son maximum et serait maintenant en déclin pour les deux prochaines décennies. Qu’en pensez-vous?

Les économistes ressemblent aux météorologues avec leurs prévisions! En 2006, ils ont annoncé un super cycle minier de 20 ans. Deux ans plus tard, les institutions financières se sont effondrées pour avoir mis leur doigt dans l’engrenage, ce qui a entraîné la baisse de tout le système. Les économistes sont incapables de prévoir l’avenir du rendement minier, car beaucoup de forces externes imprévisibles entrent en compte. On n’a qu’à penser au ralentissement de la croissance en Chine étant donné la baisse de la demande pour ses produits en Europe et aux États-Unis. La difficulté dans l’exploitation des minerais, c’est qu’il s’écoule beaucoup de temps entre la décision d’exploiter une mine parce que le prix de la ressource est élevé et sa mise en service. Prenez l’exemple de l’Abitibi. Les dépôts en surface, facilement exploitables, ont sans doute été déjà tous découverts, contrairement à ceux du Nord du Québec, dont l’information géologique est peu détaillée.

Dans quelle mesure le Plan Nord est-il rentable?

Dans le futur, les ressources exploitées au Québec vont venir en partie du Nord, dont les deux tiers n’ont pas encore été vraiment explorés. Une compagnie québécoise a d’ailleurs découvert dans cette région le plus gros gisement d’or mondial depuis 10 ans. Le potentiel est énorme, mais il faut pouvoir y aller. Les mines de fer que l’on exploite maintenant sont des dépôts connus depuis les années 1950. Jusque-là, ils n’étaient pas rentables, mais avec l’augmentation du prix du fer, ils le deviennent. Il faut cependant distinguer le Plan Nord, un projet du gouvernement qui finance certaines infrastructures, des investissements miniers qui répondent à des impératifs privés. Je pense que le gouvernement doit planifier les infrastructures régionales publiques plutôt que réagir ponctuellement à l’ouverture de mines. Ce n’est pas une bonne idée de construire une ville susceptible de fermer quand le prix du minerai baisse, comme à Fermont ou à Gagnon. Mieux vaut planifier des nœuds d’infrastructures routières ou ferroviaires en fonction du développement d’une région. En Abitibi, par exemple, les gisements d’or se trouvent le long de la route 117 entre Rouyn-Noranda et Val-d'Or. Il appartient ensuite aux exploitants privés de s’y raccorder d’une façon ou d’une autre et de bâtir des camps temporaires pour leurs travailleurs. En plus, c’est moins dommageable pour l’environnement qu’une ville dont les habitants vont à la chasse en motoneige ou à la pêche.
 
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Georges Beaudoin, titulaire de la Chaire de recherche en exploration minérale et professeur au Département de géologie et de génie géologique

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