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Volume 48, numéro 1413 décembre 2012

Le trou noir de l'histoire

À trop entendre parler de la Grande Noirceur, les Québécois finiront par croire que leur épopée se résume aux ombres du passé
«Malheureusement, trop de Québécois semblent croire que leur passé se résume à une désespérante Grande Noirceur, sans grand intérêt pour le présent et pour l’avenir. Grave erreur…» C’est cette phase apparaissant dans l’introduction de L’histoire du Québec pour les nuls, paru récemment aux éditions First, qui a incité Raphaël Gani à réagir en prenant la plume. Dans une lettre d’opinion envoyée au journal La Presse et publiée dans la version électronique du 23 novembre, l’étudiant à la maîtrise en histoire reproche à l’auteur du livre, Éric Bédard, de poser un diagnostic sévère sur les Québécois et leur histoire, sans avoir de preuves à l’appui.

Rappelons l’angle de cet ouvrage présenté comme une «synthèse des faits marquants du Québec»: non seulement les Québécois ne s’intéresseraient pas à leur histoire, mais ils auraient aussi intériorisé l’idée qu’avant les années 1960, période de la Révolution tranquille, le passé ne serait qu’un grand trou noir parsemé de dates et d’événements honteux ou inintéressants. En somme, la mémoire collective des Québécois serait entachée de cette Grande Noirceur qui les suivrait comme une ombre maudite.

«À l’instar d’autres historiens depuis quelques années, Éric Bédard répète ce diagnostic sous différentes formes, écrit Raphaël Gani. Or, de quels Québécois parle-t-on ici? Quels sont les preuves et le barème pour déterminer que trop de Québécois ont une mémoire collective atteinte du syndrome de la Grande Noirceur et qu’ils ne s’intéressent pas à l’histoire du Québec? […] Aucune étude empirique ne confirme l’intuition voulant que la majorité des Québécois se désintéressent de leur histoire. Or, à tant parler d’une Grande Noirceur mémorielle, qui sait, il n’est pas impossible que les Québécois finissent par le croire.»

Raphaël Gani estime que l’histoire du Québec devrait être enseignée à partir de ce que les jeunes en savent, donc de leur mémoire. «Le professeur pourrait demander aux élèves de parler des dates marquantes pour eux et construire son cours autour de ces connaissances, dit-il. Il devrait aussi raconter et expliquer l’histoire le plus rigoureusement possible.»

Lors d’une entrevue téléphonique accordée au Fil, Raphaël Gani a souligné qu’il aimerait voir se dessiner un portrait plus juste de la mémoire collective des Québécois. Comment? En les sondant simplement sur ce qui est significatif pour eux, croit-il. Lui-même effectue présentement une recherche sur la mémoire collective des Français, des Américains, des Britanniques et des Canadiens, à travers une vaste enquête regroupant plus de 5 000 participants. Mais cela est une autre histoire.
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Aucune étude empirique ne confirme l'intuition voulant que la majorité des Québécois se désintéressent de leur histoire.
Photo: Anirudh Koul

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