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Volume 48, numéro 1413 décembre 2012

La vie: mode d'emploi

Les rites encadrent nos interactions sociales et témoignent de notre appartenance commune à l’humanité
De la naissance jusqu’à la mort, notre vie est ponctuée par les rites. Spontanément, on pense aux grands passages de la vie comme le baptême, le mariage et les funérailles. Les rites marquent aussi l’entrée à l’école, les anniversaires, la remise du diplôme de fin d’études ou encore la retraite. Denis Jeffrey va encore plus loin: pour ce professeur à la Faculté des sciences de l’éducation, tous nos comportements sont ritualisés, à compter du moment où nous sautons du lit le matin jusqu’à celui où nous le retrouvons le soir.

«Je vois les rites comme des systèmes de régulation des conduites humaines qui présentent un mode d’emploi pour interagir avec les autres», affirme Denis Jeffrey, qui a prononcé récemment une conférence sur le sujet au pavillon Félix-Antoine-Savard. 

Prenons par exemple ce rite «d’interaction sociale» qui consiste à saluer un collègue du bureau le matin. Après l’habituel bonjour, nous ne nous sentons pas obligés de reformuler notre salutation toutes les fois que nous rencontrons cette personne au cours de la journée. Un sourire ou un petit signe de tête suffira, l’important étant d’établir un contact visuel et de montrer à l’autre que nous l’avons en quelque sorte «reconnu». Dans d’autres pays, comme en France, il est de mise que les gens se serrent la main en arrivant au bureau le matin. Un individu qui déroge à cette pratique risque d’être pointé du doigt ou, du moins, de créer un malaise au sein du groupe.

«Les rites obligent les personnes à un agir corporel commun, dit Denis Jeffrey. Elles s’y conforment non pas pour être appréciées ou aimées mais plutôt pour qu’on leur rende la pareille, en somme, pour qu’on les respecte à leur tour. Le rite est ce qui fait de nous des êtres humains.»

Dans cette foulée, l’intimidation à l’école constitue un dérèglement des rites de base qui sont fondés sur le respect de l’autre. Bafoué dans son identité profonde, raillé à cause de son apparence ou même sans aucune raison, l’élève intimidé se voit ravalé au rang des exclus de cette microsociété que représente la cour d’école.

La dimension symbolique du rite s’avère très importante.  Par exemple, personne ne connaît vraiment le sens profond que revêtent le gâteau et les bougies lors d’une fête d’anniversaire. Par contre, tout le monde sait qu’il s’agit là d’éléments incontournables pour que la fête soit réussie. Sans compter tous ces rites d’accompagnement auprès de ceux qui comptent pour nous, de la parente malade à l’hôpital au petit enfant qui a besoin qu’on lui raconte une histoire avant d’aller dormir. Ils apaisent, ils consolent, ils donnent un sens à la vie.

«Les rites représentent un art de vivre, souligne Denis Jeffrey. Cela s’enseigne et s’apprend. C’est une question d’éducation.» Dans les salles de classe, l’absence de rites peut amener des complications, avance le professeur qui approuve le vouvoiement entre étudiants et professeurs. «Comme dans la vie en général, le vouvoiement instaure une distance, et cette distance peut protéger de l’agressivité de certains», dit-il.                  
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Personne ne connaît le sens profond que revêtent le gâteau et les bougies lors d'un anniversaire, mais il s'agit d'éléments incontournables.

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