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Volume 48, numéro 1617 janvier 2013

Vive la vision négative!

Il faut miser sur les répercussions environnementales néfastes de certains moyens de transport si l'on espère changer les comportements
Le vélo est-il préférable à l'auto parce que le premier produit moins de gaz à effet de serre ou parce que le second en émet davantage? Pour un esprit rationnel, il s'agit d'un cas classique de «blanc bonnet, bonnet blanc», mais pour la moyenne des ours, la nuance compte. C’est ce que démontre Owen Waygood, de l'École supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional, dans un récent numéro de la revue Transportation Research Part A.

Le chercheur et son collègue Erel Avineri, de l'University of West England, ont demandé à 194 personnes d'apprécier la différence entre la quantité de CO2 émis par trois moyens de transport sur une distance équivalente. Les énoncés soumis aux participants étaient formulés soit sous un jour favorable pour l'environnement – le mode A émet x grammes de moins de CO2 que le mode B – ou sous un jour défavorable – le mode B émet x grammes de plus que le mode A.

Les chiffres utilisés dans l'étude reposent sur des estimations fiables du CO2 émises sur 8 km par un cycliste (132 g), une personne faisant du covoiturage avec trois passagers (500 g) et par une personne seule dans son véhicule utilitaire sport (3400 g). «Pour éviter que les préférences personnelles des répondants biaisent leurs réponses, nous ne leur avons pas dit de quels moyens de transport il s'agissait», précise le professeur Waygood.

Le fait que les énoncés présentent les deux côtés d'une même réalité semble échapper à la plupart des participants. Invités à comparer 132 g et 500 g, les répondants ont jugé dans une proportion de 40% que ces chiffres étaient très différents lorsque l'énoncé était formulé sous un angle favorable (le mode A émet 368 g de moins que le mode B). Lorsque l'énoncé était présenté sous un angle défavorable (le mode B émet 368 g de plus que le mode A), ce taux grimpait à 70%. Le fossé des perceptions se creusait davantage lorsque la comparaison opposait 500 g et 3400 g: la formulation favorable recueillait encore 40% de «très différents» alors que la formulation défavorable en récoltait 95%.

«Nos résultats suggèrent que la présentation des émissions sous un angle défavorable pour l'environnement est plus efficace pour souligner les différences entre différents moyens de transport, résume le professeur Waygood. Donc, si l'on souhaite que les gens choisissent un mode de déplacement plus écologique, il vaut mieux établir la comparaison en insistant sur les effets non désirables des autres moyens de transport.»

Selon le chercheur, les conclusions de cette étude s'appliquent à tous les messages touchant les émissions de CO2, qu'ils visent les décideurs ou la population. Les constructeurs automobiles pourraient également s'en inspirer pour faire une promotion plus efficace de leurs modèles moins polluants.
Photo
Ce cycliste génère 368 g de CO2 de moins que le passager d’une voiture menant quatre personnes sur 8 km. Pour convertir les gens au transport écologique, toutefois, mieux vaut dire que l'adepte du covoiturage émet 368 g de CO2 de plus que le cycliste…

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