Après avoir créé les Polimètres Marois, Harper et Couillard, le Centre d’analyse des politiques publiques de la Faculté des sciences sociales lançait, en décembre 2015, le Polimètre Trudeau.

Le Polimètre est un instrument construit pour évaluer le niveau de réalisation des promesses électorales d’un parti au pouvoir. Il donne accès à une information politique objective, transparente et fiable, et s’adresse aux citoyens, aux médias et aux chercheurs. Des citations viennent appuyer le classement des promesses.

L’équipe de chercheurs a répertorié et compilé les 345 promesses de la plateforme du Parti libéral. Elle les a ensuite classées selon quatre niveaux de réalisation. Les résultats du Polimètre sont régulièrement mis à jour pour tenir compte des nouvelles actions entreprises par le gouvernement.

Depuis la prise du pouvoir du gouvernement libéral de Justin Trudeau, le 19 octobre, 18 promesses électorales ont été réalisées et 38 autres sont en voie de réalisation ou partiellement réalisées. Ensemble, les 56 promesses équivalent à 16% du total. «Les conservateurs élus en 2011 avaient quant à eux réalisé, en tout ou en partie, 28 de leurs 140 promesses, soit 20% du total, après 100 jours au pouvoir, rappelle François Pétry, chercheur principal au Polimètre et professeur au Département de science politique. La performance de Justin Trudeau est moindre que celle de Stephen Harper au même stade si on compare les pourcentages, mais elle est meilleure en chiffres absolus.»

Différentes raisons expliquent ce départ canon. Les promesses symboliques en sont une, telles que le rétablissement du questionnaire détaillé obligatoire du recensement fédéral. Les promesses de maintenir le statu quo en sont une autre, comme la promesse de ne pas acheter de chasseurs-bombardiers F-35. «Ces promesses ont été déclarées réalisées dès le début du mandat du gouvernement, précise le professeur, et devraient, sauf imprévu, conserver ce statut jusqu’à la fin du mandat.»

À 345, le nombre de promesses libérales est inhabituellement élevé. «Cela, affirme François Pétry, risque de nuire au score de réalisation à long terme du gouvernement libéral.» En outre, plusieurs promesses sont ambitieuses, tant par leur impact potentiel que par les ressources qu’il faudra mobiliser pour leur réalisation. On peut nommer l’accueil de 25 000 réfugiés syriens et la commission d’enquête sur les femmes autochtones. Il y a aussi la légalisation du cannabis et l’accord sur la santé avec les provinces. Selon le professeur, ces promesses suscitent des débats et des attentes qui risquent de s’exacerber avec le temps si elles ne sont pas réalisées rapidement. À tel point que la réalisation de certaines promesses puisse s’en trouver bloquée. «L’accord sur la santé, indique-t-il, vise à réactiver une entente non renouvelée par le gouvernement Harper. La majorité des provinces s’attend à recevoir plus d’argent. Or, Trudeau fait face à un déficit attendu très important. Quant à la légalisation du cannabis, le programme des libéraux est assez vague sur la façon de réaliser cette promesse. Et la ministre de la Justice n’en a pas parlé jusqu’à présent.»

François Pétry insiste sur le fait que le premier ministre Trudeau semble vouloir recourir à la consultation à grande échelle comme mode de gouvernance. «L’ouverture à la consultation démocratique représente une bouffée d’air frais par rapport aux méthodes de Stephen Harper, dit-il. Mais elle risque fort de compliquer encore plus le processus de réalisation de plusieurs promesses.»

Un exemple parmi d’autres est la réforme du mode de scrutin. La promesse libérale prévoit une vaste consultation sans préciser la forme qu’elle prendra. «Faudra-t-il faire un référendum? demande le professeur. Faudra-t-il apporter une modification à la Constitution?» Il rappelle que trois provinces canadiennes ont déjà tenu un référendum sur la réforme du mode de scrutin. Chaque fois, les citoyens ont répondu majoritairement non. «Au Québec, poursuit-il, la majorité des députés de l’Assemblée nationale a rejeté un projet de loi sur ce sujet.» Selon François Pétry, des sondages démontrent que la population canadienne est fortement en faveur d’un changement de système électoral. «Mais il n’y a pas consensus dans l’opinion publique sur quel système adopter en remplacement, si bien qu’en bout de ligne, le statu quo emporte la pluralité», souligne-t-il. D’ici 18 mois, un comité spécial doit produire un rapport et un projet de loi doit être déposé sur la réforme du mode de scrutin. «Les choses ne sont pas parties pour respecter l’échéance de 18 mois, dit-il. En fait, cela m’étonnerait qu’on en arrive à changer le mode de scrutin d’ici les prochaines élections générales.»

Un récent sondage révèle que 49% des électeurs canadiens voteraient pour le Parti libéral si des élections fédérales avaient lieu maintenant. «On doit constater que la lune de miel entre Justin Trudeau et l’électorat continue, soutient François Pétry. Ce pourcentage est dix points au-dessus du score du Parti libéral aux dernières élections.» Selon lui, il ne serait pas étonnant que le gouvernement réalise 75% de ses promesses durant son mandat. «Il n’est pas rare, précise-t-il, de voir un gouvernement majoritaire atteindre 80% en fin de mandat.»

Pour plus d’information: poltext.org/polimetre ou facebook.com/TrudeauPolimeter.