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Volume 53, numéro 3 | 14 septembre 2017

Société

3 questions à Étienne Berthold

Sur les ouragans qui se succèdent, semant la mort et la désolation sur leur passage

Harvey, Irma, Jose, les ouragans se succèdent dans l’actualité, semant la mort et la désolation sur leur passage. Cet épisode climatique hors du commun pousse les décideurs publics et les experts à réfléchir à la manière de concevoir les villes, les premières entités touchées dans ce type de catastrophe. Les réflexions d’Étienne Berthold, professeur au Département de géographie, qui enseigne l’aménagement durable de la ville.

Quel type de reconstruction peut-on envisager à Houston ou en Floride?

Comme plusieurs villes côtières américaines, Houston a déjà connu de graves inondations. Cependant, les autorités ne semblent pas toujours avoir tiré des leçons de ces événements. Dans le sud des États-Unis, les tempêtes tropicales menacent tout particulièrement les zones inondables. Or, selon les prévisions, ces événements climatiques extrêmes risquent de se multiplier dans les années à venir. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (qui réunissait des experts de 195 pays à Montréal, du 5 au 10 septembre, ndlr) insiste sur deux points essentiels: la nécessité d’adopter des mesures d’atténuation et celle d’adopter des mesures d’adaptation. Les mesures d’atténuation consistent à limiter la hausse des températures et ainsi à prévenir le réchauffement de la planète. Pour leur part, les mesures concernant l’adaptation permettent de maintenir le plus longtemps possible notre mode de vie actuel. Certaines administrations limitent, par exemple, la reconstruction en zone inondable. Dans les régions où les propriétaires peuvent s’installer à nouveau, des entreprises proposent des solutions techniques comme le waterproofing. Il s’agit de rendre les fondations étanches pour lutter contre les infiltrations d’eau. On peut aussi s’inspirer de cités des Pays-Bas ou de la ville de Saint-Pétersbourg en Russie. Bâties sur des marais ou des tourbières, ces villes consolident leur sol avec des pieux. Souvent, elles ont recours à la construction sur pilotis.

 

Tous les citoyens d’une ville ne sont pas égaux face aux désastres climatiques. Comment corriger ces iniquités?

Les pluies très importantes ou les chaleurs extrêmes en ville accroissent la vulnérabilité des populations. Or, jusqu’à présent, l’information manque sur la diversité des personnes se trouvant sur un territoire. Les administrations doivent donc disposer de systèmes d’information très précis pour localiser les gens vulnérables et adapter leurs plans d’urgence. Ce genre d’instruments favorise aussi un meilleur aménagement du territoire. Par exemple, on n’ira pas bâtir une maison pour personnes âgées dans une zone où il y a un risque d’inondation. Il faut aussi prendre en compte les vagues de chaleur en ville, un phénomène qui devrait encore augmenter dans les années à venir. C’est d’ailleurs l’aléa climatique le plus dangereux actuellement dans une ville comme New York. Cela nous touche aussi ici, au Québec. Des études ont montré un écart de température de 8 ou 9  degrés Celsius entre des quartiers de l’est de Montréal, comme Hochelaga-Maisonneuve, où l’asphalte domine, et d’autres dans l’ouest de l’île, comme Outremont, qui comptent beaucoup plus d’arbres. Ces différences ont de graves conséquences sur la santé des personnes, mais aussi sur la «justice spatiale». Cette notion fait référence à la capacité des individus de se payer un logement dans un quartier agréable.

 

De quelle façon les villes peuvent-elles se préparer au risque accru d’épisodes climatiques extrêmes?

La recherche évoque de plus en plus le concept de «vulnérabilité institutionnelle», c’est-à-dire la capacité des institutions et des organisations à faire face aux aléas climatiques et à protéger les voies, les routes et les ponts. Par exemple, la Ville de Montréal, à la suite des inondations de ce printemps, va renforcer son plan d’adaptation de 2015. Rappelez-vous que le pont de l’île Bizard a failli s’effondrer, menaçant d’isoler les résidents. Les municipalités américaines s’inquiètent aussi de l’accès à l’eau potable lorsqu’un événement climatique extrême survient. Les plans de mesures d’urgence veillent donc, entre autres, à protéger les réseaux d’aqueduc, mais aussi à s’assurer que les ambulances puissent circuler et que les hôpitaux soient opérationnels. À cela peut s’ajouter la construction de murs de soutènement ou de digues pour se protéger des inondations. À travers le monde, des réseaux se mettent en place pour échanger de l’information et des expériences. Uniquement au Québec, le regroupement qui s’intéresse à ce sujet comprend plus d’un millier de villes et de localités résilientes.

Étienne Berthold

Photo: Patrice Laroche

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