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Volume 52, numéro 10 | 17 novembre 2016

Société

Trois questions à Sophie Lavallée

Sur la COP22

Jusqu’au 18 novembre, à Marrakech, les dirigeants de la planète négocient des accords à l’occasion de la COP22, organisée par l’ONU. En tout, ce sont 104 pays, en plus de l’Union européenne, qui ont déjà ratifié l’Accord de Paris, conclu l’an dernier. Cet accord vise à limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius. Cette année, les participants à la COP22 doivent discuter des moyens pour atteindre cet objectif. Sophie Lavallée, professeure en droit de l’environnement, a participé aux rencontres préliminaires à cette négociation. Elle en précise les visées.

Les discussions à la COP22 concernent-elles seulement les pays?

Seuls les États négocient au cours de cette rencontre internationale. Par contre, à Marrakech, il existe une rencontre parallèle qui regroupe les régions et les villes, responsables de 70% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Les municipalités ont un rôle important à jouer en matière d’énergie, de transport et de construction. Beaucoup de regroupements d’entreprises y participent aussi. Plusieurs proposent des solutions énergétiques de développement durable ou des techniques de séquestration du carbone dans les formations géologiques. Globalement, l’Accord de Paris demande aux États de respecter un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et leur absorption par des puits de carbone. Ces derniers peuvent être naturels, comme l’océan ou les forêts, ou artificiels. Désormais, il existe divers moyens technologiques pour séquestrer le carbone. Des négociations se déroulent aussi autour de l’article 8 de l’Accord de Paris, qui porte sur un mécanisme de financement du risque climatique pour les pays en développement. Un pays comme le Bangladesh, qui subit régulièrement des inondations, pourrait réclamer des indemnités afin de reconstruire des digues ou de déplacer des populations. Ce sont des assureurs privés, financés notamment par des pays comme l’Allemagne, qui contribuent à ce programme.

De quelle façon les pays riches aident-ils les pays en développement à lutter contre le réchauffement?

L’assistance financière aux pays en développement se trouve au coeur des discussions de la COP22. Elle est cruciale pour l’avenir de l’Accord de Paris. Il y a un an, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le Canada consacrerait 2,65 milliards de dollars au cours des 5 prochaines années au Fonds vert pour le climat afin d’aider les États les plus vulnérables à s’adapter. C’est un objectif très ambitieux. Déjà, en mars dernier, la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, a laissé entendre que le gouvernement avait besoin des emplois pétroliers dans l’Ouest pour financer ce fonds. C’est un peu dommage, car cela va à l’encontre d’une transition énergétique qui serait nécessaire. Finalement, il faudra voir si les gouvernements vont tenir leur promesse d’investir 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Pour l’instant, ils ne se sont engagés que pour 10 milliards de dollars en 2014-2015, ce qui représente à peine 10% du total. Il faut dire que les chiffres varient beaucoup puisqu’il ne s’agit pas uniquement de puiser dans les ressources publiques, mais aussi de solliciter du financement privé. Or, c’est un véritable défi de mobiliser les banques de développement qui investissent dans la recherche d’énergies renouvelables ou encore dans des entreprises de séquestration du carbone.

Le président américain élu Donald Trump a promis de renier l’Accord de Paris. À la suite de son élection, plusieurs s’inquiètent pour la suite des négociations. Qu’en pensez-vous?

Les États-Unis ont ratifié l’Accord le 3 septembre dernier, en même temps que la Chine. Selon moi, il serait très étonnant qu’ils renient cet accord, d’autant plus que l’article 28 exige un délai de trois ans après la ratification avant de pouvoir s’en retirer. En outre, le retrait ne devient effectif qu’une année plus tard. Toutefois, Donald Trump veut remettre sur pied l’industrie du charbon. Juste après son élection, le cours de l’action de Peabody, le principal producteur de cette ressource, a augmenté de 50%, ce qui constitue une information fort inquiétante. C’est désolant puisqu’en juin 2014, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) proposait d’utiliser des énergies moins nocives. Son Clean Power Plan vise en particulier la réduction des émissions de GES provenant des centrales de charbon, qui produisent 25% de l’énergie américaine. Elle propose de concentrer les investissements dans les énergies renouvelables et la réduction des hydrofluorocarbures (HFC) et du méthane. Si Donald Trump abandonne ce plan, les États-Unis ne pourront pas respecter leur engagement de réduire de 26 à 28%, par rapport à 2005, leurs émissions de GES d’ici 2025.

sophie-lavallee-credit-fd-ulaval-ca
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