12 septembre 1996

La passion du Québec

Pionnière dans l'enseignement de la civilisation québécoise, Françoise Tétu de Labsade continue de se souvenir de ce pays qui est devenu le sien.

Françoise Tétu de Labsade a le Québec dans le sang. Quand elle parle de sa terre d'adoption, son corps s'anime et ses yeux brillent. Manifestement, le sujet ne la laisse pas tiède. Et pour cause: depuis trente ans, cette professeure de civilisation et de littérature québécoise à la Faculté des lettres consacre littéralement sa vie à faire connaître la culture québécoise à travers le monde, en véritable ambassadrice de ce pays qu'elle défend avec la fougue d'une passionaria.

En 1995, le jury des Prix du rapprochement interculturel lui décernait le Prix de l'excellence, non seulement pour son rôle de pionnière dans l'enseignement de la civilisation québécoise mais aussi pour l'intérêt que cette française d'origine a suscité à l'égard de cette matière, tant au Québec qu'à l'étranger. Sans compter de nombreuses conférences et écrits qui là encore, ont fait rayonner «ce pays de neige» à travers le monde.

«Lors d'une première visite au Québec, au début des années 1960, j'ai tout de suite été attirée par la bouffée d'air frais qu'on sentait dans le domaine de l'éducation, raconte Françoise Tétu de Labsade. Cela changeait du "ronron" de l'éducation nationale française. Et puis, par rapport aux pays francophones que je connaissais, le Québec représentait véritablement un pays nouveau.»

Qu'à cela ne tienne: après avoir enseigné la conversation et la littérature françaises le temps de deux étés aux étudiants non-francophones à Québec et vécu quatre ans en Ontario tout en enseignant ces mêmes matières à l'Université La Laurentienne, Françoise Tétu de Labsade décroche un poste de professeure à l'université Laval et s'installe définitivement au Québec. Nous sommes en 1967.

Un éclairage nouveau

Mettant sur pied le programme de français langue seconde à la Faculté des lettres, elle s'emploie à faire découvrir la civilisation québécoise à des étudiants anglophones qui possèdent, pour la plupart, une image très floue du Québec. Révélant le Québec par petites touches «impressionnistes», avec ses zones d'ombres et de lumière, Françoise Tétu de Labsade jette un éclairage nouveau sur un pays méconnu, à la face de ces jeunes qui ne demandent pas mieux que d'élargir leur vision du monde. L'enthousiasme communicatif dont fait preuve la jeune professeure secoue les auditoires les plus prostrées et délient les langues.

En 1989, Françoise Tétu de Labsade publie un ouvrage de 450 pages, intitulé Le Québec, un pays, une culture. Fruit de vingt ans de travail, ce livre paru chez Boréal/Seuil fait la synthèse des éléments historiques, sociaux et artistiques qui composent la culture québécoise. Signant la préface, le sociologue Fernand Dumont souligne que «quiconque voudra s'initier à la connaissance du Québec, à l'écart des représentations trop globales ou pour dépoussiérer celles qu'il a déjà adoptées, trouvera dans cet ouvrage un outil indispensable.(...) Pour ma part, attaché depuis longtemps à l'étude de la société québécoise, et forcément enclin par mon métier de sociologue à proposer théories et méthodes, j'ai eu plaisir et profit à refaire mes classes en compagnie de l'auteur.»

Larment utilisé dans les cegeps, Le Québec, un pays, une culture est également distribué en France, où il connaît une carrière fort honorable. Toutefois, Françoise Tétu de Labsade aimerait bien que le livre soit traduit en anglais, ce qui ne va pas sans difficultés, dont celle de trouver un éditeur. «Quand on connaît mieux l'autre, on finit par le comprendre, dit-elle seulement pour expliquer cet entêtement tranquille à vouloir faire connaître le Québec.

Place aux jeunes

Tout en enseignant à la Faculté des lettres, Françoise Tétu de Labsade parcourt les cinq continents pour représenter le Québec et faire connaître sa culture par des communications, des conférences et des colloques. Son message tient en quelques mots: le Québec fait bel et bien partie de la francophonie et le français n'est pas le bien exclusif de la France. «Partout où je passe, que ce soit en Côte d'ivoire, en Inde ou en Pologne, je constate un intérêt grandissant pour le Québec et sa culture.»

Très active dans son milieu de travail, Françoise Tétu de Labsade n'hésite pas à organiser des causeries à l'intention des professeurs danois, russes ou norvégiens qui débarquent à l'Université Laval. Actuellement directrice des programmes de français langue seconde, elle dit adorer le métier d'enseignante et entretenir d'excellents contacts avec ses étudiants anciens et nouveaux, dont certains sont devenus diplomates, traducteurs ou écrivains.

Quand on lui demande de parler de ses projets, Françoise Tétu de Labsade répond qu'elle aimerait bien se lancer dans l'écriture de fiction, tandis que mûrit lentement dans son esprit l'idée de passer le flambeau aux jeunes, lire de prendre une retraite bien méritée. En attendant, cette femme admirable de simplicité et de spontanéité mord à pleines dents dans la vie, tout en respirant à fond l'air de ce pays qui est le sien.

RENÉE LAROCHELLE