17 septembre 1998

Léon Dion: un testament inachevé

En librairie deouis le 15 septembre, le dernier livre de Léon Dion, La Révolution déroutée 1960-1976 (Boréal) est resté inachevé puisque l'auteur y travaillait encore au moment de sa mort, l'automne dernier. C'est Denyse Dion, son épouse et sa collaboratrice de longue date, qui a préparé l'édition de ce qui constitue le testament intellectuel d'un des plus importants politicologues québécois.

La Révolution déroutée offre un portrait fascinant du Québec des années 60 et de la première moitié des années 70. Il s'agit d'une vaste synthèse examinant toutes les facettes de ce qu'on a appelé la Révolution tranquille. L'auteur cherche d'abord à cerner la nature véritable du phénomène. Dans quelle mesure s'agit-il bel et bien d'une révolution? Quelles forces ont présidé à son avènement? De quel rêve était-elle l'expression? Il fait ensuite ressortir combien la réunion de tous les mouvements qui ont porté la Révolution tranquille constituait essentiellement le désir pour les Canadiens français d'accéder à la modernité.

Léon Dion se penche ensuite sur le néo-nationalisme, mouvement étroitement associé à la Révolution tranquille. Il fait l'inventaire des forces à l'oeuvre au sein de la société civile et examine plus particulièrement le Crédit social, la Société Saint-Jean-Baptiste, le RIN, la revue Parti pris, le FLQ et la Commission d'enquête sur le bilinguisme et le multiculturalisme. Il décrit l'incarnation politique de toute cette mouvance culturelle et sociale, soit la mise en place de l'État du Québec.

Enfin, l'auteur dresse le bilan de la Révolution tranquille et montre comment ses idéaux de réforme ont été trop souvent récupérés et endigués par le système politique. Professeur de science politique à l'Université Laval de 1955 à 1995, Léon Dion (1922-1997) a été un des penseurs les plus importants que le Québec ait donné au domaine politique. Pour sa contribution aux sciences sociales, il a reçu le prix Léon-Gérin en 1967. Il était également officier de l'Ordre national du Québec (1990) et officier de l'Ordre du Canada (1996).