16 septembre 1999

Le béton, un patrimoine?

Le Centre de recherche interuniversitaire sur le béton collabore à une exposition qui fait réaliser que ce matériau mal-aimé peut devenir aérien et même carrément sympathique

Matériau mal-aimé, le béton a souvent bien mauvaise réputation. Associé presque invariablement à la grisaille de la ville et à un environnement urbain oppressif, il est plus souvent qu'à son tour pointé du doigt comme une matière sans âme, laide et inhumaine. Présentée jusqu'en septembre 2 000, l'exposition "Le béton, un patrimoine?" invite le public à découvrir ce matériau controversé sous un jour lumineux et carrément plus sympathique. Ce projet a été réalisé par la Société du patrimoine urbain de Québec, en collaboration avec le Centre de recherche interuniversitaire sur le béton (CRIB). L'exposition a lieu au Centre d'interprétation de la vie urbaine de la Ville de Québec (43, côte de la Fabrique).

"En tant que matériau d'avant-garde, le béton est apparu comme un incontournable sujet d'exposition, souligne Nicolas Gagnon, chargé de projet. Omniprésent dans notre environnement sous toutes sortes de formes, le béton constitue le matériau de construction le plus utilisé sur terre. En plus de son coût très bas, il se distingue par sa solidité, sa rigidité et sa durabilité. Finalement, le béton présente un potentiel remarquable de création."

"Le béton occupe une place à part", renchérit Michel Pigeon, directeur adjoint du CRIB, professeur au Département de génie civil et titulaire de la Chaire industrielle sur le béton projeté et les réparations en béton de l'Université Laval. "En fait, pour le prix et la qualité, rien ne peut remplacer le béton, actuellement. Au Québec, la moitié des solages de maison sont faits en béton, sans parler des grands bâtiments et des infrastructures comme les ponts, pour ne citer que ces exemples."

Une bonne recette
En parcourant cette exposition, on apprend que le ciment, l'ingrédient le plus important du béton avec l'eau, a été inventé par les architectes romains de l'Antiquité. La recette de ce ciment ayant malheureusement disparu avec la chute de l'Empire, ce n'est qu'au début XXe siècle que le béton fait surface. À cette époque, l'invention du béton armé révolutionne l'art de construire, le mariage béton-acier permettant la construction de structures davantage solides, en plus de donner aux architectes la possibilité de créer des bâtiments aux formes nouvelles et aériennes. Depuis 20 ans, la résistance du béton a été multipliée par dix, grâce à la présence de superplastifiants et d'ajouts cimentaires. En somme, ce matériau a le vent dans les voiles dans la cité moderne.

"Le béton a facilité la construction d'infrastructures qui permettent de concentrer encore plus de produits et de personnes dans les villes, révèle Michel Pigeon. Le coût modique des logements a ainsi permis à des milliers de personnes de se loger convenablement, et ce, aux quatre coins du monde." À Québec, le béton fait partie intégrante du patrimoine architectural urbain, du Château Frontenac à l'Autoroute Dufferin, en passant par les silos du port, le Grand Théâtre et la plupart des édifices gouvernementaux. La cité universitaire ne fait pas exception à la règle avec ses pavillons construits en béton mur à mur. Selon Nicolas Gagnon, c'est en France que le béton trouve ses applications les plus spectaculaires, avec des monuments-édifices comme la Grande Arche de la Défense, ou le hall du Musée du Louvre, à Paris.

Dans cette optique, Michel Pigeon estime qu'il n'y a pas de limite au futur, rêvant par exemple d'un béton qui ne se fissurerait pas. "Avec le temps, nous allons développer de plus en plus de nouveaux matériaux et de nouvelles compréhensions, explique-t-il. À plus long terme, nous allons pouvoir changer la structure même de notre matériau. Par exemple, pourquoi ne pas imaginer un essor du béton dans l'industrie automobile? Nous devons nous adapter au changement. À l'instar des concepteurs d'ordinateurs qui sont en train de penser à ceux qui seront sur le marché dans cinq ans, il faudrait également penser aux bétons que les gens vont utiliser dans cinq ans."

Racontant l'histoire du béton de façon dynamique et vulgarisée, cette exposition présente une banque de photos illustrant des oeuvres d'architectes dans le monde et des extraits vidéo montrant les méthodes de mise en oeuvre du béton. En plus d'un jeu interactif destiné à toute la famille, on y retrouve même un canot en béton, construit par des étudiantes et étudiants en génie civil de l'Université. Et il flotte!

On peut visiter l'exposition tous les jours, de 10 h à 17 h, sauf le lundi. Le prix d'entrée est de 2 $, gratuit pour les enfants de moins de 12 ans. Tarifs spéciaux pour les groupes. Pour information: 691-4606.

RENÉE LAROCHELLE