8 juin 2000

Les sages-femmes:
Plus humaines mais pas moins coûteuses

L'humanisation des soins, bien plus que l'économie, fait pencher la balance de l'efficacité du côté des sages-femmes.

Accoucher avec une sage-femme dans une maison des naissances ne constitue pas une économie appréciable en soins de santé comparé aux accouchements avec médecins, révèle une étude menée auprès de 2 000 Québécoises. L'Équipe d'évaluation des projets-pilotes sages-femmes, dont faisaient partie William Fraser, Daniel Reinharz, Maria De Koninck et Pierre Joubert de la Faculté de médecine, a estimé que les coûts d'une grossesse et d'un accouchement atteignaient 2 300 $ dans un groupe de 1 000 femmes suivies par des sages-femmes contre 3 000 $ dans un groupe équivalent de femmes suivies par des médecins.

La différence semble appréciable à prime abord, reconnaissent les chercheurs, mais, lorsque les coûts sont considérés à l'échelle de chacun des sept projets-pilotes, les différences s'atténuent considérablement. "Ces observations suggèrent que le coût réel des services d'une sage-femme pourraient bien être similaires à ceux des services médicaux", concluent-ils dans la dernière édition de la Revue canadienne de santé publique.

 

La situation serait tout autre si les accouchements se déroulaient au lieu de résidence de la mère plutôt que dans une maison des naissances. En effet, les frais de séjour dans une maison des naissances atteignent en moyenne 1 050 $, auxquels s'ajoutent 395 $ de frais d'hospitalisation. Il s'agit d'une facture moins salée que celle de l'hospitalisation, 1 650 $, mais nettement plus élevée qu'au domicile. Par ailleurs, les services professionnels se chiffrent à 340 $ dans le groupe des sages-femmes (incluant des consultations médicales dans les cas complexes) et 945 $ dans le groupe de femmes suivies par des médecins.

Les chercheurs constatent néanmoins que les ratios coûts-efficacité sont à l'avantage de l'option sage-femme, sauf pour un indicateur clinique, la ventilation néonatale. Deux fois plus de bébés (14 contre 7) du groupe sages-femmes ont eu besoin d'assistance respiratoire dans les minutes qui ont suivi leur naissance. L'efficacité a été mesurée à l'aide de trois indicateurs cliniques et de quatre indices d'humanisation des soins tels que perçus par les femmes. Ce sont d'ailleurs ces indices d'humanisation qui font pencher la balance de l'efficacité en faveur des sages-femmes.

Selon les auteurs de l'étude, l'ensemble des résultats "apporte un appui rationnel au processus de législation de la pratique des sages-femmes au Québec". Les conclusions de cette étude, qui avait d'ailleurs été commandée par le ministère de la Santé et des Services sociaux, ont amené le gouvernement du Québec à légaliser, en juin 1999, la pratique des sages-femmes dans des maisons de naissance.

JEAN HAMANN