Au fil des événements  
 
 30 janvier 2003

 Université Laval

Notre télé est plus violente

TQS demeure le plus important diffuseur de violence au Canada

Malgré les multiples campagnes de dénonciation qui ont surgi dans l'opinion publique au cours de la dernière décennie, la violence semble toujours omniprésente sur les petits écrans de la télévision canadienne et, plus particulièrement, au Québec.

C'est le troublant constat auquel en arrivent, une fois encore, deux chercheurs de l'Université Laval, Guy Paquette et Jacques De Guise, dans une recherche que vient tout juste de publier le Centre d'études sur les médias de l'Université, Principaux indicateurs de la violence présentée sur les réseaux généralistes de télévision au Canada, de 1993 à 2001. Cette récente étude des deux professeurs du Département d'information et de communication se veut la suite de leur précédente enquête, dont les résultats avaient été rendus publics, en 1999, sous le titre La violence à la télévision canadienne, 1993-1998.

"Les actes de violence sont extrêmement nombreux à la télévision canadienne et, d'année en année, leur nombre ne cesse de croître, affirment les auteurs. Si, comme le prétendent de nombreux chercheurs, cette violence est susceptible d'avoir des effets antisociaux, on peut conclure que les inquiétudes du public sont fondées. Les mesures préconisées pour en contrôler la prolifération à la télévision n'ont donc pas été efficaces." Ces derniers ont ainsi remarqué que les actes physiques violents ont augmenté de 378 % de 1993 à 2001 (passant de 772 à 3 689, soit 16 294 au cours de cette période), tandis que leur nombre à l'heure s'est accru de 355 % (de 8,8 à 40,15). S'ils sont moins abondants, les actes de violence psychologique ont tout de même connu une progression considérable depuis 1994. Leur nombre s'est multiplié par 2,7, évoluant de 1 063 à 3 947 en 2001, pour un total de 10 883 durant ces six années.

Par ailleurs, les professeurs Paquette et De Guise ont eu recours à un autre outil pour affiner leur analyse. En utilisant un indice de toxicité (fondé sur les types d'actes de violence, la gravité des blessures infligées, la moralité de l'acte violent, l'utilisation d'une arme, le caractère criminel ou non de l'action, l'approbation ou non de l'action), ils ont pu de la sorte se rendre compte que, si la quantité d'actes de violence ainsi que le nombre de ceux-ci à l'heure sont en progression continue de 1998 à 2001, leur niveau moyen de toxicité, lui, est en diminution depuis les deux dernières années, soit 15,7 en 2000 et 11,7 en 2001.

Un mouton noir dans la bergerie
Ouvrons notre récepteur et regardons-y de plus près, par le truchement des chercheurs qui ont "zappé" entre les chaînes SRC, TQS, TVA, CBC, CTV et Global. Une forte majorité (87,9 %) des actes de violence sont diffusés pendant que les enfants sont encore installés devant la télé, avant 21 h, observe-t-on. "Ce sont les réseaux privés ­ les réseaux commerciaux ­ qui diffusent le plus de violence, ce qui semble montrer que sa présentation est rentable, notent Guy Paquette et Jacques De Guise. Cette rentabilité nous renvoie au phénomène de la demande: manifestement, la violence plaît; elle attire le public, le même public qui manifeste des inquiétudes à son sujet." Qui plus est, les réseaux de langue française sont plus violents que ceux de langue anglaise.

Depuis 1993, constatent les auteurs, c'est TQS qui diffuse le plus de violence. À lui seul, il accumule 6 105 actes de violence physique (soit 38 % de l'ensemble canadien), comparativement à 3 641 pour TVA, à 2 932 pour Global, à 2 012 pour CTV, à 1 107 pour CBC et à 497 pour la SRC (Société Radio-Canada). Le "mouton noir" domine aussi au chapitre des actes de violence à l'heure, avec une moyenne de 57,3 actes, soit presque deux fois plus que le réseau TVA (28,5 actes). Par contre, les champions de la violence psychologique ont pour antenne, de 1994 à 2001, Global (2 277 actes) et TVA (2 172 actes). Radio-Canada se classe en tête de cette catégorie, en ce qui a trait au nombre d'actes à l'heure (22).

"Notre violence est pour une très large part importée des États-Unis, qui produisent pour nous mais aussi pour la planète entière, soutiennent Guy Paquette et Jacques De Guise. Les émissions produites au Canada et au Québec, en particulier, ne contiennent que peu de violence physique. Par contre, elles font largement appel à la violence psychologique."

GABRIEL CÔTÉ