Au fil des événements  
 
 6 mars 2003

 Université Laval

LE COURRIER

L'homme à la Winston

Je suis bouleversé d'apprendre le décès de Carol Levasseur. Son départ symbolise un non-sens et une perte énorme pour la communauté universitaire, notamment pour ces futures générations d'étudiants qui n'auront pas la chance de voir le maître à l'oeuvre. J'ai eu l'honneur de l'avoir côtoyé à titre d'étudiant et d'auxiliaire d'enseignement. M. Levasseur occupera toujours une place de choix dans mes souvenirs universitaires, puisqu'à chaque rencontre, ce fut une expérience enrichissante, unique et inoubliable! Accompagné de son inséparable cigarette Winston, il fascinait par son style non conforme, sa personnalité mystérieuse, son savoir inmesurable et surtout son habileté à repousser nos limites intellectuelles! Il fallait, à cet égard, l'écouter parler du pouvoir, de la politique spectacle et de Michel Foucault, définitivement son maître à penser. Merci pour tout encore!

MARC-ANDRÉ BERGERON
Ottawa


À la mémoire de Carol Levasseur

Mon collègue Carol Levasseur nous a quittés par une journée froide de février. Le surlendemain, des étudiants déposaient discrètement une gerbe de fleurs à sa porte de bureau. Humble témoignage de respect et d'amitié pour un professeur qui a toujours été jusqu'à un certain point un des leurs, sans la démagogie que l'on déplore parfois chez d'autres, et qui était tout le contraire d'un carriériste.

J'ai connu Carol Levasseur il y plus de trente ans quand nous terminions tous les deux un cours classique à une institution qu'on appelait alors le petit Séminaire de Sherbrooke. Nous avions décidé de nous inscrire à un programme de science politique et nous nous sommes retrouvés à l'Université Laval où nous avons partagé un logis pendant quelques années.

À cette époque et à sa manière, Carol avait déjà un ascendant sur ses collègues de classe parce qu'il avait lu davantage et qu'il était déjà parvenu à organiser son système de pensée et à développer une vision du monde qui lui était propre. Il écrivait de façon superbe et ses analyses étaient fines et souvent brillantes comme le déclarait par la suite André J. Bélanger, alors un de nos professeurs les plus sévères, et comme l'avaient constaté ses collègues de l'équipe de recherche sur les cultures politiques au Québec dirigée par Léon Dion.

Carol était également à cette époque un militant très engagé qui était de toutes les causes et de tous les combats. Il a pu avoir, à l'occasion, des comportements qui dérangeaient et pour lesquels il a parfois payé cher. Il pouvait aussi argumenter sans fin lorsqu'il était convaincu d'avoir raison. Mais ce qui était encore plus frappant, c'est qu'il n'a jamais été un sectaire et qu'il respectait, comme personnes, ceux et celles qui ne partageaient pas ses idées. Carol Levasseur est quelqu'un qui est allé au bout de ses idées comme militant tout en étant toujours profondément humain dans ses rapports avec les autres.

Après nos études à Laval, j'ai revu Carol à Paris et il est venu à Genève alors que nous étions tous deux aux études doctorales en Europe. Il n'avait pas du tout changé et il continuait à discourir avec l'humour qui était le sien sur les grandes choses comme sur les plus petites. Il demeurait aussi très attachant pour son intérêt face à des sujets très peu politiques et encore moins théoriques. Mais il avait déjà commencé à éprouver des ennuis de santé. Il continuait toutefois à aider des collègues plus jeunes restés aux études au Québec en leur suggérant des lectures et en commentant leurs écrits. Au point où certains d'entre eux ne sont pas loin de lui devoir leur doctorat.

Revenu à Laval comme professeur, Carol a développé une personnalité et un rapport avec les étudiants qui lui était particulier. Comme membre du Département, mes collègues se rappelleront qu'il n'était pas particulièrement friand des tâches administratives et qu'il était toujours sceptique face aux contraintes bureaucratiques sans toutefois ennuyer constamment les gens à cet égard. Mes collègues se souviendront aussi que Carol s'absentait souvent de nos assemblées pour quelques minutes afin d'aller fumer, oubliant généralement de revenir à la réunion.

Tout au long de sa carrière par ailleurs, Carol Levasseur est demeuré fidèle à ses idées et superbement authentique comme individu. Plusieurs ignorent sans doute qu'il a contribué financièrement pendant longtemps à des organisations et des causes qui ont reçu une partie substantielle de son salaire. Et alors que d'anciens militants abandonnaient la cause pour les affaires ou la carrière, Carol ajustait la pensée et le propos mais demeurait fidèle à ce qui était pour lui l'essentiel. C'est cette authenticité, j'en suis convaincu, qui lui a valu le respect de ceux qui l'ont côtoyé tout au long de sa carrière à Laval.

Carol Levasseur a toujours fait son travail de professeur consciencieusement. Toujours, il prenait le temps d'écrire des lettres de recommandation qui permettaient au lecteur de bien voir à quel étudiant il avait affaire au plan intellectuel. Ses rapports d'évaluation, pour des thèses de doctorat ou pour des mémoires de maîtrise, étaient toujours ainsi faits qu'on pouvait apprécier la justesse de sa lecture et son constant souci d'aider l'étudiant ou l'étudiante même s'il ne partageait pas toujours son point de vue analytique.

La mort d'une personne est parfois l'occasion de tenir des propos exagérés ou à la limite de la vérité. Le cas de Carol Levasseur a ceci de particulier que tous ceux et celles qui l'ont vraiment connu ne peuvent pas ne pas éprouver un respect profond pour un individu qui est toujours demeuré fidèle à ses idéaux et qui a toujours été profondément humain dans ses rapports avec les autres. Je suis certain que tout le personnel et les étudiants du Département se joignent à moi pour offrir à la famille et aux amis de Carol nos sympathies les plus sincères.

GORDON MACE
Département de science politique